EN  -  NL
Cultures & Pays Management Interculturel
Le management russe
22 janvier 2015
0
, ,

Dans l’inconscient collectif français, les Russes intriguent, inspirent crainte et défiance ; on les trouve durs, froids et distants…

Russie_Fotolia_72454951_S

Comment fonctionne le manager russe ? Quel est son background, ses valeurs, ses motivations, ses références ? Quel est son profil psychologique et comportemental ?

Le manager russe

Prononcez [Ménédjer] : anglicisme apparu dans le vocabulaire de la langue russe du jour au lendemain à la faveur de la chute du régime communiste. Il a fleuri sur toutes les cartes de visite et organigrammes à partir des années 90. On trouvait même à l’époque inscrit sur certaines cartes de visite sous le nom, l’intitulé « Businessman« . Ce terme de Management jusqu’alors interdit en URSS puisque représentant le capitalisme bourgeois et décadent, a fait irruption dans un monde totalement fermé aux notions d’économie de marché, d’offre et de demande, de consommation, de productivité, de compétitivité, d’organisation du travail, de supply chain, etc.

Le management russe recouvre donc des réalités différentes de celles du management de type occidental, ou plus exactement américain. Cela suppose de bien connaître les Russes et leur histoire, de les comprendre et de dépasser les préjugés pour savoir ce qui les anime.

Formation et cadre de référence russes

Nos grands-parents, parents et nous-mêmes avons été formés dans nos universités, facultés et écoles de commerce avec des visions business globalisantes venues d’outre-Atlantique. Les Russes, eux, ont reçu une formation académique, scientifique et mathématique extrêmement poussée. L’URSS a formé parmi les plus grands savants, scientifiques et astronautes de la planète. Néanmoins, produire un tableau de bord ou des indicateurs de performance, peut paraître totalement superficiel à la plupart des Russes, même s’ils ont un diplôme d’ingénieur ou un doctorat d’économie. Mais alors, à quoi peut-on se raccrocher si on n’a pas un référentiel business en commun ? Peut-on partir du principe que les choses vont sans dire ? Que faire avec un manager qui n’a pas le même cadre de référence, et ce malgré le fait qu’il feigne de tout maîtriser afin – croit-il – de vous rassurer et d’induire qu’il en sait autant que vous, voire plus ?!

Pour une collaboration fructueuse avec des Russes

Sur quoi baser la collaboration ? Sur la relation, sur le fait de chercher à connaître le mieux possible son interlocuteur en tant qu’être humain, pour l’amener à penser qu’il peut vous faire confiance. Il faut se dire qu’on représente autant une variable inconnue pour lui que lui en représente une pour nous… Si vous voulez faire des affaires avec des Russes, montrez-leur les meilleures dispositions humaines et relationnelles. Investissez de votre temps et de votre énergie à la rencontre physique (avec un interprète) :

  • déplacez-vous sur le terrain
  • allez chez eux
  • recevez-les en France
  • faites-leur visiter Paris, vos entreprises
  • prenez-les en considération, invitez-les au restaurant, trinquez et portez des toasts à l’amitié franco-russe
  • échangez sur des sujets personnels et informels pour briser la glace avant d’entamer quoi que ce soit (commencer une réunion directement par l’ordre du jour serait très mal perçu !)

Malgré son premier abord froid et distant, le Russe est un grand affectif qui n’hésite pas à montrer ses émotions, parfois débordantes (un peu comme les montagnes russes, ça redescend aussi vite que c’est monté ! …). Ne vous laissez surtout pas impressionner par les éventuels dramaturgies, ça peut aussi faire partie d’une stratégie pour vous tester.

La valeur du contrat en Russie

La notion du temps en Russie est beaucoup plus « élastique » que chez nous, les Russes prennent leur temps et souvent s’en remettent avec un certain fatalisme à la destinée. Mettre la pression pour faire accélérer les choses ne servirait à rien, vous vous épuiseriez avant eux. Alors patience

Une fois le contrat signé, gardez en mémoire qu’il ne constitue qu’un morceau de papier officiel mais qu’il n’est absolument pas infaillible ! Le Code du Commerce et du Travail en Russie date d’il y a une dizaine d’années et la juridiction est encore en chantier permanent… En cas de divergence ou de conflit naissant, mieux vaut continuer les discussions avec votre interlocuteur russe gentiment aux Banya (les fameux bains russes, sorte de sauna) à grand renfort de vodka plutôt que d’envoyer vos avocats !

Avec les Russes, misez sur l’humain !

Nous n’avons pas les mêmes grilles de lecture par rapport aux événements, pas la même histoire, ni le même climat, ni le même rapport à l’espace, au temps, à la sécurité, la liberté, la patrie, la notion de pouvoir, de puissance, etc. Alors autant miser sur l’élément humain et investir sincèrement et je dirais même avec passion – et avec tout votre talent de Manager Responsable et Durable – sur la relation interpersonnelle. Même si cela ne constitue pas la garantie à 100%  d’un succès, cela y contribuera en grande partie. Votre talent, votre professionnalisme, votre sens de l’organisation, votre rigueur et votre suivi attentif – et pourquoi pas une posture de Manager-Coach – feront le reste.

Sortir de nos zones de confort et décoder les Russes avec le Profil Nomad’

Lorsqu’on travaille avec des Russes, tout en ménageant leur fierté, il faut parfois « coller à la roue » : ne les lâchez pas d’une semelle quitte à paraître directif. Soyez très clair et explicite sur les attendus et délivrables, amenez-les à vous faire régulièrement des feed-back, anticipez et devancez les problématiques.

Profil Nomad d'Akteos

Profil culturel russe

Vous risqueriez sinon de vous voir répondre que « ça n’est pas noté dans leur fiche de poste » (héritage bureaucratique encore bien présent dans les mentalités). Pour parvenir à vos fins, il est nécessaire de comprendre les codes culturels russes. Le Profil Nomad‘ propose une grille de lecture pour vous comparer au profil russe et identifier les différences culturelles.

Certes, cela peut paraître fastidieux voire « fatiguant » et tout ceci nous amène à sortir de nos zones de confort, à renoncer parfois à notre sacro-saint cartésianisme français et à tous nos principes de précaution pour oser l’aventure humaine dans le business… mais ça marche !

Emmanuela d’Orival, consultante Akteos, leader des formations interculturelles

 Lire aussi : Discours de Poutine, décryptage interculturel

Au sujet de l'auteur

Akteos

Depuis 2003, Akteos guide ses clients dans un monde aux multiples facettes où la mondialisation et les nouvelles technologies de la communication rapprochent les cultures et confrontent nos valeurs. Avec ses 30 correspondants dans le monde et ses 300 consultants interculturels, Akteos propose des formations sur plus de 100 pays mais aussi sur du management, de la communication et du développement international.

Il y a 0 commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

Le violon en Chine

Stratégie innovante dans la Music Valley en Chine

Comment la Chine est-elle devenue le plus grand ce...

Lire la suite
Je suis français

Je ne suis pas malpoli, je suis français !

Avez-vous entendu parler de cette histoire ? Appar...

Lire la suite
Clichés européens

Clichés européens… vrai ou faux ?

Que penser de ces clichés européens. S’agit-il...

Lire la suite