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Que signifie réalisme latin ?
5 février 2015
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L’analyse de l’esprit latin par André Siegfried dans L’âme des peuples en 1950, est-elle encore d’actualité ?

Rome a largement contribué à façonner l'esprit latin

L’influence de Rome sur l’esprit latin

André Siegfried montre comment la psychologie des Latins, façonnée par le climat, la géographie, un long passé, Rome,… s’exprime à travers les langues latines qui correspondent à une civilisation, dont la Méditerranée a été le berceau. Il passe en revue les notions qui caractérisent le mieux l’esprit latin à ses yeux.

Le clan

La géographie « compartimentée » de la Méditerranée est, pour lui, à l’origine de l’esprit latin et de la notion de clan : famille, cité, comité, syndicat, clientèle,… Ici la famille n’a pas le même sens que pour les Anglo-saxons ; c’est un « groupement solidaire d’intérêts né des liens familiaux,… quelque chose de sacré, comme tout ce qui touche cet élément profond et mystérieux qu’est le sang ».

L’esprit

Les Latins ont développé une forme de scepticisme, de capacité d’analyse et de généralisation, un esprit qui distingue le principe de son application et qui discute des idées plus que des réalités. Les langues et leur sonorité jouent aussi un rôle, comme le plaisir de s’exprimer qui peut éventuellement remplacer l’action. « Un Sud-Américain qui chante lyriquement le libéralisme n’éprouve plus qu’à peine le besoin d’être libéral, et, s’il a vanté la légalité, il semble qu’il ne lui reste plus d’énergie pour la défendre. »

Le droit

Rome a influencé la structure sociale, fondée sur la famille, le clan, la clientèle partisane, et est à l’origine d’une certaine conception du droit écrit qui repose sur la méfiance et l’absence d’illusion sur la nature humaine. « Nous sommes un pays de légalité, nous sommes des Latins, nous sommes de cette race à laquelle la loi écrite a paru plus nécessaire, qui n’y voit pas seulement des synthèses abstraites, mais la mesure et la sauvegarde de ses droits. » (Waldeck-Rousseau)

L’État

Chez les Latins, la puissance de l’État est transcendante et l’individu s’en méfie, alors que chez les Anglo-saxons, l’État est l’agent et serviteur du citoyen qui lui a délégué ses pouvoirs. L’esprit latin a donc développé une forme d’habileté politique, au sens du machiavélisme, qui va à l’encontre du civisme au sens américain du terme et va de pair avec une forme d’ingéniosité et de débrouillardise.

La liberté

Pour André Siegfried, il en résulte « un certain genre de vie, de gouvernement, de morale, de religion, d’esprit artistique et, sous une forme qu’il est difficile de préciser, de liberté d’esprit ». Les Latins ont trouvé « la garantie suprême de l’entière liberté intellectuelle » en dissociant consciemment l’action de la pensée qui prime sur la réalité.

Que reste-t-il de l’esprit latin ?

Pour André Siegfried, l’esprit latin se caractérise par « son réalisme intellectuel (qui) apporte un contrepoids au dynamisme anglo-saxon ». L’esprit latin a résisté aux invasions et s’est exportée de l’autre côté de l’Atlantique, en Amérique latine. Qu’en reste-t-il aujourd’hui ? La famille a évolué et s’est atomisée dans les villes mais tout ce qui découle de la notion de clan est encore d’actualité, notamment le corporatisme. La méfiance dicte toujours certains comportements comme le fait de multiplier les lois pour tenter de tout maîtriser, ce qui peut développer une forme d’ingéniosité pour les contourner. Enfin on retrouve ce goût pour la discussion, la capacité de vanter la supériorité d’une idée, même si sa réalisation est impossible, au nom de la liberté d’esprit.

Cette analyse tend à prouver l’importance des fondements culturels qui persistent malgré les changements de civilisations et l’évolution des mœurs.

Laure Rostand, Akteos, leader des formations interculturelles
Suite de Changements et permanence culturelle – Prochain article : L’ingéniosité française
Source : L’âme des peuples, André Siegfried

Lire aussi : La géopolitique des émotions

Au sujet de l'auteur

Laure Rostand

Passionnée par l’aventure interculturelle, Laure Rostand a créé Akteos pour développer l’approche interculturelle dans les entreprises et les accompagner à l’international. Après des études à l’IEP de Paris et à la Sorbonne en psychologie, elle a travaillé dans la banque en Espagne, puis dans les ressources humaines, avant de diriger des sociétés de formation et de traduction. Elle se consacre actuellement au développement d’Akteos en France et à l’international.

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