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Cultures & Pays Livres
La discipline allemande
14 mai 2015
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L'AllemagneDans L’âme des peuples en 1950, André Siegfried cherche à comprendre le peuple allemand et l’origine de sa « volonté de fer » mais son analyse, différente des précédentes, nous laisse parfois perplexes.

Une juxtaposition d’influences

Le rapport à la nature

En Europe occidentale, la nature ressemble davantage à un jardin alors que les grandes plaines du Nord et de l’Est sont arides et sauvages. Les Allemands ont cherché à les discipliner avec la rigueur du dirigisme prussien et sont restés proche des forces élémentaires de la nature qui exercent une forte influence sur leur esprit ; la nature sauvage se conjugue bien avec le romantisme allemand, comme en témoigne la peinture et la musique du début du XIXème siècle.

Les Romains

L’Allemagne de l’ouest et du sud a été marquée par l’influence romaine*, contrairement à l’Allemagne de l’est.

Les Germains

Ils ont les caractéristiques des Nordiques qu’on retrouve en Scandinavie et dans les parties anglo-saxonnes de l’Angleterre et des États-Unis : sérieux et volonté de dominer. Le sentiment d’égalité, si naturel au Français, est étranger à l’esprit germanique. Le rôle historique du germanisme a été d’implanter l’ordre occidental.

Les Alpins

Qualifiés parfois de Celtes, ils peuplent la Bavière, s’apparentent aux Autrichiens, aux Suisses, et n’en éprouvent pas moins la fierté germanique.

Les Slaves

Ils ont envahi l’Allemagne de l’Est entre 400 et 700 après J.-C. C’est seulement au Moyen Âge que s’est opérée la reconquête de ces pays non germains par les Germains. « On a l’impression que cette Allemagne orientale est une superstructure germanique recouvrant sur pilotis un marécage slave ». Russes et Allemands ne s’aiment pas et pourtant il y a entre eux une forme de complicité.

Luther

La vision pessimiste de Luther a fortement influencé l’Allemagne. Pour Luther, l’injustice et le mal règnent sur terre où il n’y a d’autre loi que la force. Les saints connaissent l’indépendance mystique de l’esprit, mais sur terre, le Prince doit maintenir l’ordre. Le chrétien, individualité spirituelle indépendante, n’est donc qu’un humble et passif sujet dans la Cité. L’objet de la politique est la vie de la collectivité, y introduire de la morale est un non-sens, la force est le facteur décisif. L’Allemand accepte le fait sans protester. Sa soumission fait penser à celle des Orientaux, c’est sa forme de « Nitchevo ». Dès lors l’idéalisme humanitaire du droit ou de la paix ne lui apparaît qu’hypocrisie ou naïveté.

Le résultat de ces diverses influences aboutit à un Allemand, ni complètement occidental ni complètement nordique, qui a des liens de parenté avec la Russie. Il sait comment se comporter avec les Orientaux de l’Europe ou les Occidentaux de l’Asie. « Le contact latin, joint au sérieux germanique, a produit une extraordinaire capacité d’analyse ; l’élément prussien a joué comme un merveilleux facteur d’organisation ; l’élément slave a donné une mystique, mais aussi une absence de mesure. »

L’État transcendant

« Il ne s’agit pas d’une communauté comme dans les démocraties anglo-saxonnes, mais d’une armature distincte, fonctionnant grâce à des experts que l’on respecte pour leur compétence. »

La conception d’un individu citoyen, ayant des droits et portant en lui-même l’essence de la souveraineté n’existe pas en Allemagne. Ce qu’il y a de démocratique s’exprime plutôt dans le groupe avec un sens de liberté collective plus développé qu’en France.

Soit comme individu isolé, soit comme citoyen, l’Allemand n’a qu’une existence réduite. Il en est tout autrement s’il s’intègre dans un groupe. « Dans l’association, le Français a toujours le sentiment qu’il apporte plus qu’il ne reçoit ». L’Allemand « a conscience de recevoir du groupe plus qu’il ne lui donne. Il en accepte donc les conditions avec empressement, avec gratitude ; la discipline indispensable à l’action en commun ne lui apparaît pas comme une gêne, mais comme une évidente nécessité qu’il admet même avec une sorte de soulagement. »

Le caractère allemand

Profondeur de la vie intérieure

L’Allemand possède une vie intérieure profonde qu’il a du mal à exprimer. « Leur poésie, intraduisible du reste, est splendide, en prise directe avec l’être lui-même ». Cette vie de l’âme qui s’exprime aussi dans la musique et le chant, ne se manifeste pas au premier abord, ce qui peut donner l’impression que l’Allemand ne désire rien, qu’il reste virtuel, ouvert à toutes les possibilités, disponible, malléable.

Force de la volonté

Si l’Allemand ne sait pas ce qu’il veut, il le veut bien dès l’instant que quelqu’un le veut pour lui. Une fois déclenchée, pareille volonté ne connaît plus de limite, car elle est servie par la méthode la plus efficace.

Discipline

Dévoué à son but, l’Allemand a des qualités de bon élève ; il aime le travail bien fait et fait les choses à fond. Assidu, « c’est le parfait homme d’avant-garde, prêt à intégrer tous les bouleversements dans un cadre de discipline ».

La conscience, le sérieux, l’assiduité au travail, la volonté caractérisent l’Allemand mi-individuel, mi-grégaire qui ne montre pas de passion mais dont le déchaînement peut devenir passionné. Il peut alors utiliser la méthode au service d’une passion. Extérieurement, c’est l’ordre, l’efficacité, la réalisation, mais intérieurement c’est le marécage et le chaos.

Et l’Allemagne aujourd’hui ?

« Le peuple allemand a accumulé une masse énorme d’informations, d’observations, de classifications ; il a produit une musique, une poésie, une philosophie ; il a été le véritable précurseur de la rationalisation industrielle.

On retrouve dans l’Allemagne d’aujourd’hui bien des caractéristiques culturelles décrites dans L’âme des peuples, la discipline allemande, la méthode, la volonté, l’expertise,… On a vu les Allemands accepter beaucoup de sacrifices pour unifier et redresser leur pays mais on a plus de mal à percevoir l’autre versant, l’indétermination. Enfin on espère que l’auteur se trompe lorsqu’il écrit « la catastrophe réapparaît périodiquement ». En effet on peut supposer que les deux dernières guerres mondiales ont profondément fait évoluer ce peuple dans certains de ses fondamentaux culturels.

Laure Rostand, Akteos, Leader des formations interculturelles
Suite de la ténacité anglaise. Prochain article : Le mysticisme russe
Source : L’âme des peuples, André Siegfried

Voir aussi : Vidéo : PUB HSBC Allemands vs. Français !

Au sujet de l'auteur

Laure Rostand

Passionnée par l’aventure interculturelle, Laure Rostand a créé Akteos pour développer l’approche interculturelle dans les entreprises et les accompagner à l’international. Après des études à l’IEP de Paris et à la Sorbonne en psychologie, elle a travaillé dans la banque en Espagne, puis dans les ressources humaines, avant de diriger des sociétés de formation et de traduction. Elle se consacre actuellement au développement d’Akteos en France et à l’international.

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