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Cultures & Pays
Quand Churchill parle des Français
8 octobre 2015
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Les Français vus par Churchill

Churchill et la France

Je souhaite partager avec vous quelques-unes des pensées de Churchill sur la culture française. C’est dans un petit recueil, destiné à l’usage du soldat britannique et tout spécialement écrit pour préparer celui-ci à s’acclimater à la France suite au débarquement de 44, que Churchill se livre à un descriptif de la France de l’époque, de la société française et plus précisément des Français.

Français/Britannique

Rappelons que Churchill était profondément francophile. Il avait appris le français jeune et sa grand-mère maternelle, américaine et francophile, avait séjourné en France pendant plusieurs années appréciant les fastes de la cour de Napoléon III dans les années 1860.  Ses plus lointains ascendants huguenots du côté maternel étaient eux aussi d’origine française.

La terre de France parlait donc naturellement à Churchill. On sent à travers ces lignes, son sens aiguisé de l’observation, la pertinence de sa pensée, son discernement et son pragmatisme. J’ai relevé quatre passages dans ce livre que j’ai assorti d’un  bref commentaire culturel.

Voilà ce que nous dit Churchill en parlant des Français.

Propriété et individualisme en France

« la première de ces généralités est leur attachement à la terre. Avant la guerre, plus de la moitié de la population vivait de la terre ou dans les petits bourgs. Presque tous les ruraux, mais aussi les citadins possédaient et cultivaient un petit terrain, même s’ils travaillaient aussi pour un employeur. Ce goût de la propriété a orienté les Français vers l’individualisme, renforcé par le fait que, même s’il y a de grandes industries en France, les petites usines et les artisans indépendants sont très nombreux.« 

Nous voilà donc solidement ancrés dans la terre, attachés à notre lopin et à notre terroir, telle une vigne dont les racines profondes plonge dans l’humus sur plusieurs mètres. Nation de paysans, avec autant de régions que de fromages. Attachés à notre maison individuelle alors que le Britannique n’hésite pas à s’installer dans une maison mitoyenne, de loin le mode d’habitat le plus courant en Grande-Bretagne, et n’est que rarement propriétaire du sol. Plus influencé par un héritage industriel, que par la notion de propriété individuelle, il est en revanche plus indépendant qu’individualiste, marqué par des siècles de voyages sur les mers et d’exploration du monde.

Égalité et idéal républicain français

« Les distinctions de classes ne sont pas très visibles en France : la Révolution française a largement balayé les anciennes classes sociales et ses mots clés « Liberté, Égalité, Fraternité » ont réduit le snobisme social au minimum. Tout Français aime ainsi se considérer l’égal de son voisin et se sentirait insulté si un inconnu ne l’appelait pas ‘Monsieur’. »

Ainsi en va-t-il de l’idéal républicain, qui gomme toute référence sociale et prône les principes d’égalité, régulièrement rappelés à travers le système éducatif. Nous sommes loin du Britannique, plus pragmatique, qui a toujours constaté l’existence de classes sociales synonymes de modes de vie, d’éducation et de type d’habitat distincts.  Mais, ce constat ne saurait être perçu comme un frein à l’ascension professionnelle. Le mérite prime sur le privilège de la naissance au Royaume-Uni. Certes, il n’y a pas d’idéal républicain d’égalité, mais une réalité professionnelle qui donne un maximum de chances à chacun.

Autorité du point de vue français

« Cependant les Français supportent mal l’autorité. Les Allemands l’ont appris à leurs dépens. Confrontés à un uniforme ou à un règlement,  leur première réaction est de ne pas obéir aveuglément, mais plutôt de se demander si c’est bien nécessaire et de faire des remarques irrespectueuses s’ils décident que non. Cela découle de leur foi profonde en l’individu. Le Français est convaincu de son droit de penser par lui-même et d’exprimer ses critiques haut et fort. »

Voilà en effet de quoi surprendre les Britanniques ! Attentifs à suivre les règles, ils sont peu enclins à des débordements verbaux et leur réserve courtoise et distante n’exprime que rarement des points de vue tranchés ou un parti pris sur les choses. Seule exception, lorsqu’ils ont bu plusieurs pints au pub et se sentent plus libres dans leur langage ! C’est sans doute le lieu où l’on peut le mieux les connaître.

Sensibilité à l’art des Français

« Moins portés sur l’industrialisation que nous, les Français ont détruit moins de beaux bâtiments à des fins d’amélioration. En effet, le Français moyen est souvent plus sensible à l’art que le Britannique.« 

Enfin, nous voici, nous Français, imprégnés d’art, sensibles aux belles choses, attachés à notre patrimoine,  plus émus par l’artisanat ou l’innovation scientifique quand ils réconcilient esthétisme des formes et modernité et valorisent des pratiques ancestrales.  L’Angleterre, en revanche, a souvent fait passer la logique industrielle avant l’art, au service du profit et du pragmatisme.

En conclusion, reconnaissons à Churchill, fin politique et militaire,  des compétences d’interculturaliste. En  conciliant à la fois observation, écoute, connaissance du terrain et de la culture, il laisse, à travers ce manuel, un témoignage pragmatique et pertinent sur la culture française de l’époque avec toute l’éloquence qu’on lui connait.

Laure Dykstra, Akteos, leader des formations interculturelles
Extrait du Manuel d’Instruction à l’usage du soldat britannique débarquant en France – 1944

Au sujet de l'auteur

Laure Dykstra

Laure Dykstra

Consultante et formatrice en management multiculturel et leadership depuis 5 ans, j’accompagne aujourd’hui dirigeants et managers qui s’expatrient ou travaillent dans des contextes culturels complexes, pour développer leurs compétences managériales à l’international. 22 années à l’international dans la banque d’investissement à des postes de direction m’ont permis de travailler, négocier et communiquer avec plus de 30 cultures. Je suis néanmoins spécialisée sur l’Asie et l’Europe du Nord, comme en témoignent les articles que je publie régulièrement pour le Cercle les Échos, Gestion&Finance, Classe Export et le projet de livre sur le Royaume Uni sur lequel je travaille pour les Éditions Afnor. Une adolescence passée en Angleterre, mariée avec un néerlandais, l’étude du chinois à l’âge de 18 ans et plusieurs expatriations et longues missions en Asie m’ont donné jeune, un goût certain pour l’exploration des langues et des cultures à l’international.

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