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Cultures & Pays Mobilité internationale
Tribulations d’une femme expatriée
15 octobre 2015
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Un témoignage d’une « femme d’expat ». De l’importance de décoder la culture du Brésil et de communiquer efficacement

Si on partait vivre au Brésil, ma chérie !

Femme expatriéeBom dia gente !

Moi, c’est Lili Plume, une femme expatriée, « femme d’expat » comme on dit. L’une de ces femmes courageuses qui ont quitté leur pays, leur travail, leur famille, leurs amis pour suivre leur conjoint en mission à l’autre bout de la planète ! Enseignante dans la région lyonnaise depuis quinze ans, je vis au Brésil avec mon fils et mon mari depuis maintenant presque deux ans. Nos premiers mois d’adaptation ont été si épiques, que j’en ai fait le compte rendu régulier, sur Facebook, à toute ma famille, pour les tenir au courant et les amuser surtout. Un beau jour, j’ai décidé de garder une trace de tout ça et de rédiger le récit complet de mes aventures : des histoires brésiliennes hautes en couleur, des joies, des peines, des révélations, des rencontres, des voyages merveilleux, la coupe du monde… Aujourd’hui, mon livre est terminé et j’en présente les premières pages sur mon blog pour le soumettre à l’avis de premiers lecteurs !

Le jour où tout a basculé !

C’est un jour que je ne risque pas d’oublier ! Ma vie bien paisible jusque-là, s’est subitement transformée en une véritable épopée ! On est au mois d’avril 2013. Une belle journée de printemps, douce et ensoleillée, comme je les aime. Sur les coups de midi mon téléphone sonne alors que je m’apprête à rejoindre mes collègues pour déjeuner dans la salle de réfectoire. C’est Maxime, mon conjoint, qui me propose un petit repas en amoureux dans une auberge pas loin de mon école! Quelle bonne idée ! À mon arrivée, il est en terrasse et me fait signe de la main avec un grand sourire ! Une bière bien mousseuse m’attend déjà. Et alors que je m’apprête à aspirer ma première gorgée salvatrice dans le bonheur le plus total, il me lance d’un coup :

« Et si on partait vivre au Brésil…ma chérie !« 

Je retourne à l’école un peu sonnée car sous le coup de l’émotion j’ai bu ma bière d’un trait. J’annonce aux collègues que Maxime a une proposition d’expatriation pour deux ans au Brésil et ce, dès que possible. Tout le monde s’enthousiasme autour de moi mais personnellement, avec cette annonce fracassante, je crois bien avoir perdu quelques années d’espérance de vie ! Femme expatriée ?

Et l’équilibre familial ?

Une expatriation, c’est un moment rêvé, dans une vie, pour se retrouver en famille. On crée son petit cocon en se serrant les coudes dans cette période délicate de l’adaptation dans un nouvel environnement ! Et puis, très vite, c’est la découverte du Brésil tous ensemble. On voyage vers des destinations de rêve (Rio de Janeiro, Paraty…) …

Mais une expatriation, c’est aussi un déséquilibre qui se met en place entre le mari ultra travailleur (plus qu’en France, avec des horaires extensibles en soirée voire le weekend) et le reste de la famille. En effet, pendant que celui-ci découvre ses nouvelles responsabilités, une façon de travailler différente et assimile une nouvelle langue, nous, les femmes expatriées, on tisse les liens, on intègre la famille dans un réseau social, on gère le quotidien et on s’occupe beaucoup des enfants…

Il faut donc veiller à ce que ce déséquilibre ne s’accentue pas trop et que le conjoint continue à prendre une part active dans la vie familiale : en déposant les enfants à l’école le matin par exemple et en les recherchant le soir à leurs activités. De même, la femme d’expat doit assez rapidement se trouver un projet de vie épanouissant, autre que la gestion des problèmes quotidiens, afin de ne pas tomber dans la déprime, à se demander ce qu’elle fait là !

Comment je me suis intégrée ?

En arrivant dans le pays, j’ai choisi de m’intégrer de la manière la plus dynamique qui soit, histoire d’être confrontée le moins longtemps possible à la solitude et l’inaction ! Deux choses que je déteste par-dessus tout ! J’ai très vite donné un cours de Français à un étudiant brésilien, fait la connaissance de Français, de Belges et d’Anglophones grâce à des groupes sur Facebook…Par le biais de l’école canadienne de mon fils, j’ai fait la connaissance également de mères de toutes les nationalités, surtout des Sud-Américaines et intégré un groupe WhatsApp de mamans brésiliennes.

J’ai, dès mon arrivée, commencé mes cours de portugais pour pouvoir me faire comprendre dans les commerces sur place, et lier connaissances avec des Brésiliennes. Mais il faut bien avouer que c’est l’anglais qui m’a permis dès le début, de me faire beaucoup d’amies… J’ai ainsi organisé des cafés internationaux en invitant à chaque fois toutes mes connaissances…Un cours de Muay Thai m’a aussi permis de me faire quelques bonnes amies brésiliennes…

Bref, mon conseil serait le suivant : rester dans l’action, rencontrer le maximum de personnes, même françaises, toutes les rencontres sont importantes, parce que les amis Brésiliens, (en tous cas à São Jose dos Campos, je ne peux pas parler pour les grandes villes comme Sao Paulo ou Rio) viennent, d’après moi, dans un second temps. C’est normal. Il est toujours plus facile d’entrer en contact avec des étrangers dans la même situation que soi ! Les Brésiliens aussi adorables et gentils soient-ils, ont leur famille, leur vie! Il faut donc un peu plus de temps pour rentrer dans leur univers…

Et par rapport à la courbe* ?

Pour moi, la vie d’expatriée est comparable à des montagnes russes ! On passe de moments de purs bonheurs à des moments de profonds désespoirs à une rapidité folle ! L’animateur de la formation interculturelle, reçue avant de partir, ne nous avait pas menti ! Une formation, soit dit en passant, extrêmement utile et qui a beaucoup aidé à notre intégration dans le pays ! Cette courbe qu’il nous avait alors présentée, s’est révélée être, à quelques semaines près, notre réalité ! Après des débuts plein d’enthousiasme à découvrir les richesses de ce pays fantastique, s’en est suivi une période plus douloureuse. Le contre coup d’une installation et d’une adaptation sportive, une énorme fatigue physique et psychologique mêlé à une forte envie de retour au pays !

Je me souviens, par exemple, de grands moments d’épuisement liés à l’utilisation simultanée de trois langues dans une même journée. De soirées où j’ai préféré rester chez moi, enfermée, plutôt que d’avoir à prononcer un mot de plus dans une langue étrangère. De situations de blocage linguistique complet dans des magasins où j’ai eu recours au mime et au bruitage pour me faire comprendre, sous le regard mi ahuri mi amusé des vendeurs présents. Et puis le choc culturel a été également épuisant quand on est arrivé au Brésil, ce pays où les gens sont toujours positifs et où rien n’est jamais très grave. Comme de chercher sa voiture dans toute la ville pendant trois jours par ce qu’on ne sait pas où la remorqueuse a bien pu la déposer ! Où de se faire dérober, sur l’autoroute de São Paulo, tout son électroménager avant même d’avoir été livré. Et face à ces situations qui auraient rendu fou n’importe quel non Brésilien, la phrase qu’on a le plus entendu : « Fica tranquila ! Deixa comigo ! » (Ne vous inquiétez pas, on s’en occupe)

Une phrase qui pourtant,  au Brésil, comme nous l’avait, là encore, si justement dit notre formateur, est le signal clair, que rien ne va se régler simplement !

Et puis cette maudite période d’adaptation passée, tout s’est heureusement calmé et une vie plus paisible s’est installée. Finis les efforts pour tout, pour parler, pour s’orienter, pour découvrir les choses. On s’est habitué à notre vie, on a dorénavant nos repères. La vraie vie brésilienne a alors véritablement commencé pour nous…

Mais même si tout ça n’est pas facile à certains moments, ça en vaut vraiment la peine. Il faut profiter au maximum de cette parenthèse privilégiée qu’est l’expatriation, avant le retour au pays et à la vie normale. C’est une expérience tellement riche ! On fait des rencontres, on découvre une culture différente, une nouvelle langue, des paysages incroyables (surtout ici au Brésil), on SE redécouvre…on se remet en question, on se remobilise, on évolue… Une expérience finalement vitale !

Que dire des rapports humains ?

C’est essentiellement au niveau des rapports humains qu’apparait une grande différence avec la culture française. En France, on aime garder une certaine distance vis à vis d’autrui, dans les transports on évite de croiser les regards, on ne se parle pas si on ne se connait pas ! C’est une manière de se protéger, et c’est ce qui rend le Français arrogant et froid aux yeux du Brésilien.

Au Brésil, comme je l’explique au travers de mon ouvrage,  les rapports humains sont excessivement chaleureux. Aussi bien dans la vie quotidienne que dans le monde du travail. D’ailleurs, mon mari, lorsqu’il rentre du travail, n’hésite pas à partager ces anecdotes, sources de tensions avec les Brésiliens… comme ces sourires. Par exemple, il m’a raconté que lors des réunions, et même si l’on est en pleine période de crise, les collaborateurs passent un certain temps à se faire des abraços (embrassades chaleureuses), à prendre des nouvelles de la famille et à échanger sur leurs projets personnels. Le manager,  Français ou non, va devoir ,de la même manière, prendre le temps d’écouter tous les membres de son équipe mais aussi accepter de partager ses projets personnels car les Brésiliens sont curieux et n’hésiteront pas à lui poser des questions. Ce sera d’ailleurs le signe que la relation est bonne, que les collaborateurs se sentent en confiance.

Bref les relations humaines priment au Brésil! Et ce qui peut paraître très surprenant et inhabituel pour un étranger fraîchement arrivé dans le pays, se révèle être finalement bien agréable: une société souriante, accueillante et sensible où un voisin n’est jamais ignoré…

Ma prochaine étape

Après une relecture et une correction fine et dans les moindres détails de mon livre : envoyer le manuscrit à un éditeur et le proposer ensuite à tous mes lecteurs effectivement déjà nombreux et enthousiastes ! Se deus Quizer !

Si on partait vivre au BrésilPropos de Lili Plume recueillis par Guillaume Sarrazin

A lire bientôt : Retour d’expatriation

*référence à la courbe de l’expatriation de Mc Cormick

Au sujet de l'auteur

Lili Plume

Lili Plume

« Lili Plume », a pendant de nombreuses années été professeur des écoles, après l’obtention du concours de professeur des écoles dans l’académie de Grenoble et d’une Licence de Lettres Modernes à Strasbourg. Avec un fils de six ans et un mari ingénieur dans l’automobile, Lili vit sa première expérience d’expatriation en Amérique du Sud au Brésil. Reconvertie dans l’écriture, Lili Plume, qui a tenu à conserver son nom d’auteure, nous livre aujourd’hui et avec beaucoup d’humour, ses anecdotes et aventures vécues en tant que « Femme d’Expat ». L'ouvrage paraitra l’an prochain mais vous pouvez dès à présent accéder à de nombreux passages du livre au travers de son blog : http://liliplumedobrasil.over-blog.com/

Il y a 2 commentaires

  • viviane dit :

    Tellement vrai tout ça ! je reconnais bien là une vie de femme d’expat au Brésil!

  • Lili Plume dit :

    C’est ce que j’ai vécu en tous cas ;-) beijo Viviane

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