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Anecdotes interculturelles Cultures & Pays Management Interculturel
L’étiquette en Corée du Sud
31 mars 2016
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Lire aussi : Ils sont fous ces Coréens !

Les relations sociales en Corée

Corée du SudDans la culture coréenne, le strict respect de l’étiquette est le préalable à toute relation sociale. Attention à ne pas s’en affranchir…

Le concept de « face »

Si vous êtes amené à travailler avec des équipes coréennes, la « face » est une notion essentielle qu’il faut toujours garder à l’esprit. Difficile à appréhender pour un manager français, lorsqu’il pense, par exemple, qu’un « bon coup de gueule » peut parfois aider à recadrer ses équipes, la « face » n’est pas qu’une notion individuelle en Corée mais aussi une notion collective.

J’ai en mémoire l’expérience malheureuse qu’en a fait un entrepreneur français. En vacances sur l’île de Jeju avec son partenaire et associé coréen, au moment du retour cet entrepreneur est bloqué à l’aéroport pour cause de surbooking. Il fait un esclandre au comptoir d’enregistrement. Alors que les deux hommes venaient de passer une semaine amicale, le partenaire coréen est profondément blessé par l’attitude du Français, lui précisant quelques jours plus tard : « En tant qu’étranger chez nous, tu m’as fait honte et tu as fait honte à la Corée. » Depuis lors, les relations sont d’abord tendues entre les deux hommes, puis se détériorent encore pour, au final, cesser. Cela eut un fort impact négatif sur l’entreprise du Français ; non par la seule perte de contrat, mais aussi par le refus de payer des commissions et la création d’une société concurrente.

Humiliation et vengeance

Dans la Corée traditionnelle, des familles, des clans, des communautés d’intérêts et différentes administrations, s’affrontaient auprès du souverain. La difficulté des relations entre ces différents partis conduisit les Coréens à être très sensibles à l’étiquette et à l’éthique dans les relations inter-personnelles. Dès lors, un manquement à l’étiquette par un geste malheureux ou une parole dite trop vite pouvait très rapidement être pris comme une tentative d’humilier la partie adverse. Ce sentiment d’humiliation débouchait parfois sur le désir de revanche et de vengeance à coup d’intrigues dévastatrices.

Même si l’entreprise moderne n’a plus rien à voir avec la Corée de l’époque Joseon, ce désir de vengeance (복수 – poksu) pour laver un affront avéré ou supposé reste vif dans l’esprit des Coréens. Très sensible à ne pas faire « perdre la face », ils prêtent une attention particulière aux relations qu’ils tissent avec leurs collègues et veillent à ne pas être pris pour cible par une intrigue quelconque. A titre d’illustration, le film Old Boy qui fit connaitre le cinéma coréen au grand public est une histoire de vengeance. D’ailleurs, il s’inscrit dans une trilogie portant sur la vengeance.

Ainsi, sans mauvaise intention, mais par méconnaissance de l’étiquette, un manager étranger peut être perçu comme arrogant ou, pire, comme inefficace. En effet, il peut continuer à persévérer dans la voie qu’il a choisi tout en rejetant la faute d’un manque de résultats sur ses équipes. Il est possible que ce sentiment fasse émerger un individu avec une forte personnalité qui va saper la cohésion d’équipe en agrégeant autour de lui certains des collaborateurs. L’objectif est simple : prendre la place du manager indélicat.

Sincérité et médiation

Si un jour vous vous retrouvez confronté à ce type de situation, la solution pour s’en sortir est d’être le plus sincère possible avec ses collaborateurs, ouvert à la communication, le tout sans favoritisme comme on serait tenté de l’être par exemple si des membres de l’équipe parlent mieux anglais que d’autres. Dans les cas les plus extrêmes, l’intervention d’un consultant extérieur ou du N+1 coréen sera nécessaire pour désamorcer la crise. Dans la culture coréenne, il est accepté qu’un médiateur intervienne pour résoudre les conflits. Très souvent, un repas et quelques verres d’alcool réconcilieront tout le monde,… jusqu’au prochain faux pas.

 Arnaud Vojinovic, consultant Akteos, leader des formations interculturelles

Lire aussi : Le management coréen innove

Au sujet de l'auteur

Arnaud VOJINOVIC

Arnaud VOJINOVIC

Après avoir été Responsable RH et ensuite Consultant en management, Arnaud collabore maintenant avec deux sociétés sud-coréennes, l'une basée à Paris et l'autre à Séoul, travaillant dans le domaine de la formation. D’un profil bi-culturel, il montre une forte appétence pour les pays confucéens et plus particulièrement pour la péninsule coréenne. Consultant en management interculturel spécialisé sur la Corée, il intervient en entreprise et en école de commerce sur des problématiques liées à ce pays ou à ses voisins. Dans son prochain ouvrage à paraitre aux éditions Lemieux éditeur, il propose à partir de situations vécues et personnelles, un décryptage sans concession de la société coréenne.

Il y a 1 commentaire

  • Jean Luc Martin Jean Luc Martin dit :

    Au delà d’une réaction inappropriée du fait d’un mauvais contrôle de soi, la prise en compte du souci de la face omniprésent en Asie est la clé de décryptage des comportements, des relations, des tensions interindividuelles… que ce soit dans le domaine professionnel comme dans la vie privée, voire dans la vie familiale lorsqu’on est un couple « mixte ». Comme cela a été dit fréquemment, les individus vivent dans une « société de la honte » où il est essentiel de privilégier les apparences en toutes circonstances, d’accorder au moins si ce n’est plus d’importance à la forme qu’au fond, même si personne n’est dupe de la réalité, le modèle de voiture utilisé, les loisirs, le type d’alimentation et même de boisson… tout est prétexte à renvoyer aux autres une image de soi et des siens flatteuse. Comment expliquer sinon l’engouement pour le golf, pour les berlines allemandes, pour les boissons importées, pour les produits de luxe étranger… alors même que localement il existe des produits de qualité.Il est donc indispensable de savoir largement anticiper sur les réactions de ses partenaires, de son entourage (y compris épouse et parents) avant d’opérer un choix, avant de réagir face à un événement… car cette sensibilité est sous-jacente à tous les actes de la vie courante. La maîtrise imparfaite de la langue anglaise par un Asiatique peut ainsi devenir, non seulement un obstacle à la communication mais aussi un facteur de tension et de rejet de l’Occidental pour éviter d’apparaître en situation humiliante d’infériorité… comme je peux le constater au quotidien…

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