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Thaïlande : mort d’un roi ou d’un demi-dieu
10 novembre 2016
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En Thaïlande, « Pays du sourire »

Les gouts et les couleurs ne se discutent pas…

Qui est Bhumibol Adulyade, roi de Thaïlande ?

Thaïlande : mort du roiLe roi de Thaïlande Bhumibol Adulyade est décédé le 13 octobre 2016 après plus de soixante-dix années de règne. Tout au long de son règne, il a exercé une forte autorité morale et a fait l’objet d’un véritable culte. Un deuil national d’une année a été décrété et la junte militaire au pouvoir a recommandé à chacun de se vêtir en noir pendant un mois.

La façon dont cette période de deuil est vécue en Thaïlande est révélatrice de certaines tendances lourdes des sociétés asiatiques.

Quelques évènements significatifs

Lors de l’annonce du décès, j’étais à Singapour avec mon épouse thaïlandaise d’origine chinoise. Elle a été surprise de se voir reprocher par une de ses relations son manque de respect pour le roi au motif qu’elle avait publié ce soir-là sur Facebook des photos où elle arborait un vêtement de couleur vive… En dépit de son acculturation réelle à la France où nous vivons une partie de l’année, mon épouse s’est excusée auprès de son contact et a immédiatement rectifié son « affichage vestimentaire ».

Mort du roi de ThaïlandeA notre retour en Thaïlande, nous avons assisté au « spectacle » de personnes éplorées, vêtues de noir, se pressant en masse sur le passage du cortège royal puis stationnant aux abords du Palais pour rendre hommage au défunt en se lamentant publiquement, comportement exceptionnel dans un pays où l’on masque toujours ses sentiments et ses états d’âme derrière un sourire de composition, quelles que soient les circonstances.

En dépit de cette ferveur populaire, de nombreux incidents ont éclaté les jours suivants où des personnes étaient prises à partie et même agressées parce qu’elles n’affichaient pas publiquement leur deuil, avaient tenu des propos jugés irrévérencieux ou s’étaient montrées insuffisamment affligées. Certains journalistes ont alors parlé de « chasse aux sorcières », voire de quasi « hystérie » collective. C’était du jamais vu dans un pays qui passe, en dépit d’une loi sur la lèse-majesté particulièrement sévère, pour être l’un des plus tolérants au monde, au point par exemple qu’on y admet « l’existence d’un troisième sexe »…

Lecture interculturelle

  • Dans ces sociétés asiatiques dites « de la honte », il est mal vu, voire inacceptable de se singulariser par rapport à ses pairs sous peine d’être mis à l’index. L’initiative individuelle est souvent freinée par la crainte du regard des autres, limitant ainsi l’efficacité du travail collaboratif… En Thaïlande, pour vivre heureux, il faut vivre caché au sein de son milieu… du moins si l’on n’a rien d’exceptionnel à afficher comme par exemple des signes extérieurs de réussite sociale permettant de « se donner de la face ».
  • En dépit d’un apparent individualisme, comme ces scènes d’indifférence qu’on observe souvent dans la rue lors d’un accident, et de l’inévitable évolution des modes de vie et de consommation, les sociétés asiatiques continuent d’obéir à un fonctionnement communautariste. Les individus réagissent en fonction de leur endo-groupe ; les liens les unissant à ce dernier sont le plus souvent familiaux ou relationnels, parfois professionnels, exceptionnellement nationaux comme dans le cas présent, indépendants des divisions sociales et politiques, mais toujours bien réels. Dans le travail comme dans la vie privée, si l’on ne veut pas faire d’erreur d’appréciation ou commettre d’impair, il est essentiel de bien identifier « l’entité d’appartenance » de notre interlocuteur car les spécificités ou intérêts de cette dernière conditionneront en partie sa sensibilité et ses réactions.
  • Dans une société où il est de coutume de ne pas extérioriser en public ses sentiments et ses affects, il peut exister des espaces ou des moments d’exception. L’apparence vestimentaire et corporelle que l’on affiche revêt par contrecoup une importance démesurée, car au-delà du positionnement social, elle est une composante à part entière du langage corporel.

Les Thaïlandaises appliquent certes aujourd’hui les consignes de la junte en s’arrachant sur Bangkok les robes noires vendues à prix d’or mais visiblement pour nombre d’entre elles, deuil et besoin de séduction ne sont pas incompatibles… Le look particulièrement « sexy » de certaines jeunes femmes, qui évoque plus une soirée de réveillon qu’un deuil national et qui a contraint les pouvoirs publics à définir officiellement des standards de longueur et de style de vêtement, m’interpelle quand même quant aux parts respectives de la ferveur, du conformisme social… et du souci d’élégance. Comme on peut le constater, en Thaïlande la « petite robe noire » a donc encore de beaux jours devant elle !

Jean-Luc Martin

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Au sujet de l'auteur

Jean-Luc Martin

A l’issue d’une carrière militaire qui l'a conduit à passer de très nombreuses années à l’étranger et outre-mer, Jean Luc Martin enseigne le management interculturel en école de commerce et travaille sur les problématiques de gestion de l’expatriation. Saint-Cyrien, breveté de l’École de guerre, il est aussi diplômé d’un 3° cycle en Sociologie des organisations de l’IEP de Paris et titulaire d’un master en management des ressources humaines de l’IAE de Paris.

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