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Cultures & Pays Points de vue
Encore « une tête coupée » en Italie !
8 décembre 2016
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L’Italie à la Une !

Un référendum personnalisé en Italie

Matteo RenziAvec une participation forte (65%), en comparaison des référendums précédents, l’Italie a dit NON, à presque 60%, à la réforme constitutionnelle souhaitée par son Premier ministre, Matteo Renzi.

Le référendum proposait de modifier la loi constitutionnelle et de changer profondément l’esprit de la constitution de 1948 qui prévoit un bicamérisme parfait. En effet, pour éviter la concentration des pouvoirs entre les mains d’un homme ou d’un parti, les deux chambres, le Sénat et la Chambre des Députés, ont un pouvoir équivalent.

Si le OUI l’avait emporté, le Sénat aurait été diminué d’un tiers, ses membres n’auraient plus été élus au suffrage universel et ses pouvoirs auraient été réduits… dans l’attente de l’arrêt de la Cour constitutionnelle sur l’actuelle loi électorale, qui permet au parti ayant reçu le plus de votes d’avoir la majorité absolue dans les instances électives.

Un référendum très technique que le Premier ministre Matteo Renzi a personnalisé, en annonçant qu’en cas de vote négatif il remettrait sa démission au Président de la République, Sergio Mattarella.

Des comportements culturels ancrés en Italie

Les votants, en reproduisant des comportements culturels italiens profondément ancrés, ont répondu en lui « coupant la tête ».

L’Italie a en effet toujours tué, au sens propre comme au sens figuré, ses hommes « providentiels » : César, Mussolini,… Renzi (Berlusconi s’est, lui, « suicidé » avec l’affaire Ruby).

La recherche et le soutien de l’homme providentiel, l’homme fort, celui qui permettra au pays de sortir de la situation chaotique et difficile dans laquelle il se trouve est une constante de notre histoire.

C’est l’homme qui redonnera force et pouvoir à la République romaine en pleine tourmente (César), à un pays qui se sent « méprisé » par les grandes puissances européennes après la Première Guerre mondiale (Mussolini)… C’est l’homme qui balayera enfin la vieille caste politique italienne et qui fera les réformes nécessaires pour faire entrer le pays dans le XXIème siècle… Et la déception est à l’aune des espérances : César assassiné par son fils adoptif, Mussolini fusillé par des résistants et Renzi écrasé par un vote d’opposition.

De la politique à l’entreprise…

Cette croyance est profondément ancrée dans l’esprit des Italiens, même dans le monde de l’entreprise.

Le « chef » doit être un leader, le meilleur de tous, le plus compétent, celui qui saura trouver les meilleures solutions aux problèmes et qui, par son charisme, sera capable d’entraîner tous les rameurs de sa barque dans la même direction : un capitaine qui saurait entraîner, passionner, convaincre !…

Et malheur au capitaine qui n’aurait pas toutes ces qualités !

Ses collaborateurs, sans nécessairement le lui expliciter surtout s’il n’a pas été capable de créer un véritable climat de confiance, pourraient commencer à « saboter » son travail en cachette, en pavant sa route d’obstacles difficiles à identifier jusqu’au coup de massue final…

Pourquoi une communication implicite ?

L’Italie est un pays qui vit dans le souvenir très fort d’un Empire romain, de plus en plus lointain, suivi par des siècles de domination étrangère obligeant la population à mettre en place des comportements de « dissimulation ». Voilà pourquoi il est difficile d’être direct, d’exprimer clairement et simplement sa pensée ; la communication fait des tours et détours qui peuvent sembler insupportables, notamment, à un étranger…  parce qu’on ne sait jamais, sauf dans un climat de grande confiance et d’écoute, qui pourra nous poignarder dans le dos ! Et cela encore plus dans cette période de grave crise économique.

Donatella Marcuz-Gallien
Consultante Akteos, leader des formations interculturelles

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Au sujet de l'auteur

Donatella GALLIEN

Donatella GALLIEN

D’origine italienne, Donatella Marcuz-Gallien fait ses études en Italie puis s’installe en France où elle travaille dans une agence de communication. Traductrice-interprète pour le compte d’entreprises françaises et italiennes, elle partage sa vie entre la France et l’Italie, est régulièrement confrontée aux "malentendus culturels" et écrit, en 2011, “Competenze per la negoziazione”. Devenue formatrice interculturelle, elle accompagne les collaborateurs internationaux dans leurs interactions avec l’Italie et aide les équipes multiculturelles à travailler plus efficacement.

Il y a 1 commentaire

  • Nicolas Diers dit :

    Bonsoir,
    sans revenir sur les commentaires faits qui ont certainement une base de vérité, et sans retourner aussi loin, je dirai également et un peu plus prosaiquement :
    – le pays est plus divisé que jamais entre gauche extréme, centre gauche ( Renzi), centre droit (Berlusconi), droite extréme (Salvini) et « ailleurs » populiste (5 étoiles de Grillo). Dans le système de vote actuel (à un seul tour), aucun parti au pouvoir n’a jamais dépassé 40 % des voix toujours très dispersées (avec pratiquement 40 % des suffrages (Renzi était un exemple situé au plus haut). Dans ces conditions et dans tous les cas de figure, faire un réferendum que l’on veut trasformer en plebiscite … était une erreur vouée à l’échec puisque 40 % restent 40 % .
    – Renzi s’est trompé et ne devait pas mettre son poste en jeu, pari impossible puisqu’ils donnait la possibilité pour une fois de cumuler les voix des opposants quels qu’ils soient. (rappelez vous le départ du General De Gaulle en 1969 … sur un referendum consacré à la suppression … du Sénat)
    – Il aurait pu poser les 5 questions de façon séparée (5 croix) et ne pas mettre son poste en jeu. Il est probable qu’il ait alors obtenu l’accord sur 3 ou 4 mesures non contestées.
    – Pour un nouveau gouvernement, seule la majorité actuelle peut nommer un nouveau gouvernement qui n’amenera pas de changement … Ce gouvernement devra repréciser les modes d’election du Parlement et du Sénat (n’étaient pas dans le referendum … et à priori déjà votés par une large majorité dont Berlusconi, sauf pour le Sénat … qui devait disparaitre). Sans cette loi, le pays n’est pas gouvernable puisque la Loi antérieure ne permet pas aujourd’hui de majorité au Sénat … et que restera le blocage – stupide – qui donne le mémes pouvoirs aux 2 assemblées demandant au mois 2 à 3 ans pour faire accepter une nouvelle Loi.
    – En conclusion, pas de conséquences gravissimes (les memes devraient rester jusqu’aux prochaines élections), du temps perdu, une image négative de populisme anglo-américain, … et un besoin qui demeure d’une loi electorale claire permettant une majorité stable. En plus un vrai probléme constitionnel avec les memes pouvoirs aux 2 assemblées … Par ailleurs un parti « 5 étoiles » inquiétant pour l’Italie et l’Europe (La maire de Rome a chaudement félicité M. Trump et l’a invité à venir le plus rapidement possible à Rome)

  • Répondre à Nicolas Diers Annuler la réponse.

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