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Anecdotes interculturelles Cultures & Pays
Communiquer avec des Coréens et des Chinois
2 mars 2017
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Lire aussi : L’étiquette en Corée du Sud

Le quatrième prix du Jeu interculturel organisé par Akteos a été attribué à deux anecdotes révélatrices des impairs qu’on peut commettre avec des Coréens et des Chinois lorsqu’on n’a pas toutes les clés. La première met en scène un manager français et son collaborateur coréen, la seconde raconte un incident vécu par un Français avec des Chinois dans un environnement extra-professionnel.

Manager des Coréens, recevoir des Chinois

Savez-vous le faire ?

Un collègue français, manager en Corée, m’a raconté cette anecdote qui met en évidence les écarts de perspective et d’interprétation.

Il souhaitait obtenir un rapport important et en confia la tâche à Kim, son collaborateur. Après avoir passé une bonne demi-heure à lui expliquer en détail le type d’éléments qu’il souhaitait obtenir, il demanda simplement à Kim : voilà le type de rapport qui me conviendrait… Est ce que vous sauriez le faire ?

Kim a répondu en souriant : « oui, bien sûr, Monsieur« . Il n’avait pas donné plus de précisions à Kim et c’était bien là l’erreur, car il n’eut aucune nouvelle de ce rapport tant attendu. Plusieurs jours passèrent et il finit par s’impatienter. Il demanda alors à Kim : « où en êtes-vous du rapport, l’aurais-je bientôt ? »

Kim prit un air décontenancé car il n’avait pas compris qu’il devait effectivement réaliser ce rapport « asap ». Le malentendu venait du fait qu’il avait répondu sincèrement à la question posée, qu’il savait le faire.

Kim R

Trinquer avec des Chinois : « kampeï »!

Trinquer aves ces ChinoisCette histoire m’arriva alors que je travaillais dans une équipe qui développait des contrats de transfert de technologie avec des clients chinois, et organisait régulièrement des échanges.

Comme je connaissais Paris, mon directeur me demanda un jour de faire visiter la ville à une délégation chinoise. C’était la première fois que j’avais des relations avec des clients chinois.

Le samedi, tout se passa très bien, dans l’enthousiasme et la cordialité,… jusqu’au soir.

Peu habitués à la nourriture française servie à la cantine, les Chinois voulurent dîner dans un restaurant de leur région de Shanghai, dont ils étaient originaires. Après s’être arrêtés devant plusieurs devantures, ils choisirent un petit restaurant calme et sans fioriture. J’en déduisis que les caractères chinois sur les vitrines spécifient les origines régionales de la cuisine servie.

Nous nous installâmes autour d’une longue table et, après la lecture des menus, le chef d’équipe envoya en cuisine un de ses collaborateurs, qui revint longtemps après… Le dîner fut une vraie surprise gustative et une belle découverte car les plats n’avaient rien à voir avec ce que l’on trouve habituellement dans les restaurants chinois.

Puis, le chef d’équipe commanda du vin rouge. De grands verres furent remplis de vin à ras bord. Et là, c’est le drame !.. Il ordonna à toute l’assemblée un premier ‘kampeï’ (santé) en mon honneur.  Il me fixa un long moment qui me parut une éternité et tout le monde vida son verre d’un trait… sauf moi ! Il insista. J’expliquai alors qu’il m’était impossible d’absorber tout ce vin, que ce n’était pas dans nos traditions de le boire cul sec, qu’il est le fruit d’un long travail de transformation, de maturation, etc. Toutes ces explications furent traduites par l’interprète, stoïque… Mais le mal était fait et ma galère commença : plus aucune communication de toute la soirée.

Le lendemain, l’ambiance avait radicalement changé. Plus personne ne me regardait et le chef avait un visage fermé. Un profond malaise s’était installé et la bonne humeur que j’affichais n’a rien pu y changer.

A la fin du week-end, il n’y eut aucun remerciement et j’eus même droit à des reproches : pas assez de visites, beaucoup de temps perdu…

La vérité ne se dévoila pas au fond du verre.

AB

A voir : Comment réussir une négociation avec des Chinois ?

Merci pour votre participation au Jeu interculturel
Les autres anecdotes seront publiées ultérieurement

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Au sujet de l'auteur

Akteos

Depuis 2003, Akteos guide ses clients dans un monde aux multiples facettes où la mondialisation et les nouvelles technologies de la communication rapprochent les cultures et confrontent nos valeurs. Avec ses 30 correspondants dans le monde et ses 300 consultants interculturels, Akteos propose des formations sur plus de 100 pays mais aussi sur du management, de la communication et du développement international.

Il y a 9 commentaires

  • Jean Luc Martin Jean Luc Martin dit :

    Ces anecdotes qui nous montrent qu’on peut provoquer très facilement une perte de face doivent nous inciter à anticiper très largement sur les insuffisances de nos partenaires et sur les dérapages qui peuvent survenir à tout moment dans les contacts ou le travail avec des étrangers. Si on ne peut bien évidemment pas tout prévoir, on peut toutefois réduire le nombre de situations difficiles en « imaginant » à l’avance les catastrophes possibles. Le seul problème c’est que pour anticiper correctement il faut d’abord s’être « doté d’un bon bêtisier » où on a souvent joué… le premier rôle… Personnellement, celui que j’ai constitué en trente années de service dans l’ex coloniale tient la route… bien qu’il ne me garantisse pas d’être à l’abri de nouveaux soucis. Quand à la table, si on n’est pas doté d’un estomac à toute épreuve supportant aussi bien la vodka que le saké… voire le cachiramazonien ou un repas à basse de fafaru polynésien (sans assaisonnement évidemment !)… inutile de se lancer dans l’interculturel… vu que la table (ou le bar) sont souvent au centre des échanges…

  • Vasseur dit :

    Bonjour,

    Ces anecdotes sont toujours intéressantes, amusantes et instructives.
    Néanmoins, je n’aime pas tellement le côté « sens unique » qu’elle montre quasi-systématiquement.

    Nous avons là: un manager français et son collaborateur coréen.
    On peut penser que le collaborateur en question n’est pas nouveau dans la structure, puisqu’on lui confie une mission importante.
    Or, pour faire court, on conclue l’histoire en disant que le Français n’a pas été suffisamment clair et précis pour se faire comprendre de son subordonné.
    Mais lui, le subordonné coréen, comment se fait-il qu’il n’ait pas non plus fait la démarche ‘essayer de comprendre ce que veut se patron qu’il connaît depuis un moment?

    A propos de l’histoire des Chinois, elle démontre seulement que ces Chinois ne se sont en rien adaptés au pays dans lequel ils se sont trouvés.

    1ere histoire: le français doit s’adapter aux us et coutumes du pays dans lequel il se trouve (pas d’effort demandé au Coréen)
    2eme histoire: le français en France doit s’adapter aux us et coutumes des gens qui se trouvent être en France (pas d’efforts demandés aux Chinois).

    A un moment donné, on ne peut pas blâmer une des parties de ne pas faire l’intégralité des efforts. Des échanges internationaux demandent que chacun y mettent du sien. Il est curieux de constater qu’à chaque histoire, c’est toujours l’Occidental qui est en faute, peu importe où il se trouve.

    • Votre commentaire est d’autant plus intéressant qu’il révèle les différentes perceptions que peuvent susciter les anecdotes interculturelles vécues par nos lecteurs. Vous nous avez livré votre interprétation en vous plaçant du côté des « Occidentaux » mais si je prends la place du Coréen, je pourrais me dire que j’ai intérêt à vérifier si j’ai bien compris les consignes de mon manager… Du côté chinois, je pourrais m’interroger sur la réaction du Français. Pourquoi a-t-il refusé d’être honoré par le « kampeï » de ses invités ?…
      Personnellement je ne vois pas plus de « faute » d’un côté que de l’autre mais une méconnaissance réciproque de la culture de l’autre partie qui engendre des incompréhensions de part et d’autre.

      • Gloups dit :

        Bonjour et merci de votre réponse.

        Je me mets du côté de l’Occidental… parce que j’en suis un.
        Et bien que votre réponse soit intéressante, elle ne répond pas à mon commentaire: où qu’il soit( à l’étranger ou chez lui), c’est visiblement oujours à l’Occidental de s’adapter.

  • Christian Lamotte dit :

    Bonjour,

    Les deux histoires démontrent la problématique du contexte dans la dimension culturelle :

    1. Expliquer une problématique, nous oblige à décrire notre référentiel à l’espace et au temps. Le « oui, bien sûr, Monsieur » pourrait se traduire par « oui pour ne pas vous contredire ».

    2. Le chinois est « chez lui » avec ses codes. Lui dire que notre culture est plus raffinée, est un affront…

    Et merci pour ces témoignages !

  • michel parmentier dit :

    Pour la première histoire, je ne vois aucun problème culturel : seul un manque de clarté dans l’expresion d’une demande et du résultat attendu : le fait que le collaborateur du collaborateur français soit coréen, chinois, marocain ou espagnol ou… n’a rien à voir là-dedans!

    • Certes de tels quiproquos peuvent se produire dans d’autres situations. Lorsque deux « implicites » se rencontrent et qu’ils n’ont pas les mêmes codes, ils ont souvent du mal à se comprendre !
      Mais le message n’est-il pas aussi de montrer que les difficultés de communication peuvent être accentuées lorsque les cultures sont différentes ? Pourquoi le collaborateur n’a-t-il pas cherché à en savoir plus sur ce qu’on attendait de lui ? N’y-a-t-il pas d’autres éléments en jeu ici comme le rôle de la hiérarchie ?..
      Chacun peut en effet en tirer les conclusions qu’il souhaite, comme vous le faites : ce n’est qu’une anecdote qui s’est produite dans un contexte particulier. Pour ma part j’entends ce conseil : veillez à être encore plus explicite lorsque vous travaillez avec d’autres cultures.

  • […] Source : des Coréens et des ChinoisRegards Interculturels […]

  • Valentin Munoz dit :

    Concernant l’anecdote avec les Chinois, ne pensez-vous pas que leur réaction pour le vin soit plutôt un prétexte et une technique de négociation pour que le Français se plie davantage à leurs exigences contractuelles ? Car je ne pense pas qu’ils prendraient le risque de changer radicalement de caractère et de brouiller leurs relations s’ils étaient pleinement satisfaits de leurs affaires.

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