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Cultures & Pays Idées & Débats
Confucius en Chine, Corée, Japon
13 avril 2017
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Confucius

L’impact du confucianisme en Chine, Corée, Japon

Si les enseignements de Confucius marquent profondément la culture des pays asiatiques, à elles seules, les valeurs confucéennes ne permettent pas d’appréhender ces pays comme un ensemble unique.

Peu familiers à manier les concepts du confucianisme, nous avons souvent pour habitude de les prendre comme un tout qui s’appliquerait uniformément sur l’ensemble des pays de l’Extrême-Orient. Cette simplification a même donné naissance à la fin des années quatre-vingt-dix au concept de « valeurs asiatiques », censées être la clef de la réussite des pays émergents.

Ce corpus de valeurs englobe la recherche d’une société harmonieuse, le bien être collectif, la loyauté et le respect envers les figures d’autorité, et en dernier lieu une forte appétence pour le collectif et le communautarisme.

Un prisme simplificateur

Pourtant les hommes d’affaires qui ont une certaine expérience de ces pays sont bien conscients que c’est un piège simplificateur de vouloir expliquer ces cultures par le seul prisme de ce corpus.

André Chieng, dans La pratique de la Chine, s’interroge : « Pour un Chinois, travailler dans une entreprise japonaise représente (…) une contrainte éprouvante. Comment expliquer ce phénomène ? »

Alors que les valeurs confucéennes sont partagées par ces deux pays, et que le respect de la hiérarchie est une valeur centrale des organisations chinoises et japonaises, on pourrait s’attendre à une facilité d’acculturation des salariés chinois.

C’est un universitaire japonais qui lui fera remarquer que « les peuples chinois et japonais sont tous deux disciples de Confucius, mais chacun d’eux a retenu dans l’enseignement du maître ce qui correspondait le mieux à sa personnalité. »

Les valeurs confucéennes adaptées par chaque culture

En Chine : « REN » = l’homme en société

Ainsi en Chine, la valeur partagée par tous est le Ren (仁). Le sinogramme représente la clé de l’homme (人) et le chiffre deux (二). Pour résumer, c’est l’homme en société. Comme le fait remarquer Anne Cheng dans Histoire de la pensée chinoise, Confucius s’est bien gardé de définir précisément ce qu’il entendait par cette notion.

Les penseurs chinois qui lui ont succédé se sont évertués à mieux définir ce concept. Le Ren (仁) est la bienveillance vis-à-vis de l’autre, le sens de l’humain. Anne Cheng de préciser : « c’est l’homme comme être moral dans le réseau de ses relations avec autrui, dont la complexité pourtant harmonieuse est à l’image de l’univers lui même. »

Dans le monde chinois, ce n’est pas une surprise que l’homme soit au cœur de tout.

En Corée : « XIAO » = piété filiale + « ZHONG » = loyauté

La Corée découvre les enseignements de Confucius et de Bouddha à la même époque. Ainsi, la pensée confucéenne connaît un développement qui lui est propre avec une approche originale où bouddhisme et confucianisme s’enrichissent mutuellement.

A partir du XIVème siècle les écrits du néo-confucéen chinois Zhu Xi marquent profondément le devenir de la pensée coréenne. A partir de cette époque, la piété filiale est la notion fondamentale inculquée aux enfants : Xiao (孝) prononcé hyo en coréen (효). Clé de voute du Ren (仁), la piété filiale, le Xiao (孝) dicte bien des actes de chaque Coréen.

Lors des périodes de dictature après la Seconde guerre mondiale, le dictateur Park (au pouvoir de 1962-79) étend la notion de pitié filiale aux enseignants, à l’entreprise, au gouvernement en y associant la valeur de loyauté, le Zhong (忠) prononcé jung en coréen (충).

Aujourd’hui la Corée se caractérise, par rapport à la Chine, par cette dualité Xiao/Zhong, piété filiale et loyauté.

Au Japon : « ZHONG » = loyauté + « XIN » = intégrité

Au Japon, le Zhong (忠) est la valeur des samouraïs. Le samouraï est l’homme au service du seigneur local ; c’est l’étymologie même de son nom (saburau signifie servir).

C’est la valeur sur laquelle insistent les manuels militaires du début du XXème siècle, au contraire des manuels chinois qui eux préfèrent le Ren (仁) comme le souligne André Chieng. Mais dans l’approche confucéenne, le Zhong (忠) est avant tout une exigence sans limite envers soi-même. Le cœur (心) positionné sur l’axe central (中) rappelle « la notion de centralité précisément au cœur de la réflexion confucéenne sur ce qui fait notre humanité » selon Anne Cheng. L’histoire des 47 rônins qui restent loyaux à leur maître, le vengeant au péril de leur vie est exemplaire à ce titre, preuve d’une loyauté extrême.

Mais la société japonaise ne se reconnaît pas dans son ensemble dans les valeurs portés par les samouraïs ou l’armée. En effet une grande frange de la population s’attache plus à l’intégrité, le Xin (信). L’homme (人) face à sa parole (言), un alignement entre ce qu’il dit et ce qu’il fait. C’est une valeur universelle au Japon détachée de l’esprit de loyauté du samouraï.

Le journaliste américain Jake Adelstein lorsqu’il relate ses relations privilégiées avec le milieu du crime organisé, les Yakusas, insiste sur le fait qu’ils tenaient parole : « Avec le temps j’ai appris que si tu dis quelque chose à ces types, « je vais t’appeler », tu ferais mieux de le faire. Chaque fois que tu dis que tu vas faire quelque chose, tu le fais. Ainsi tu te construits une crédibilité auprès d’eux. »

Anne Cheng de préciser sur le Xin (信) : « Cette intégrité qui rend un homme digne de confiance est elle-même la condition de son intégration dans le corps social. » Comme en Corée, il existe donc aussi une dualité. Mais au Japon elle s’articule autour du Zhong (忠) et du Xin (信), de la loyauté et de l’intégrité.

L’influence de Confucius a donc été différente en Chine, Corée, Japon

Ces pays sont encore sous l’influence du maître, même aujourd’hui. Pour exemple, des enfants japonais se réjouissent en regardant à la télévision un dessin animé mettant en scène des héros dont chacun représente une des cinq constantes ; la morale de fin d’épisode illustre la morale confucéenne.

A partie des cinq constantes (humanité, justice, respect des rites, savoir, intégrité) et des quatre vertus (loyauté, piété filiale, détermination, fidélité), chacun de ces trois pays a mis l’accent sur un point spécifique : le sens de l’humain pour la Chine, la piété filiale et la loyauté pour la Corée, la loyauté et l’intégrité pour le Japon.

Il est indispensable de garder à l’esprit que si on peut qualifier la Chine, la Corée et le Japon de pays confucéens, ils n’ont pas été influencés de la même façon par les enseignements du maître.

Ainsi, lorsque vous êtes amené à intervenir dans un de ces pays, vous serez jugé à l’aune de cette influence. Il faut alors garder à l’esprit que chacun d’entre eux demande une approche qui lui est propre.

Arnaud Vojinovic, consultant Akteos, leader des formations interculturelles

Bibliographie

  • Tokyo Vice, Jake Adelstein, Pantheon Books, 2009
  • Histoire de la pensée chinoise, Anne Cheng, Seuil, 1997
  • La pratique de la Chine, André Chieng, Grasset, 2006
  • Les 47 rônins, George Soulié de Morant, Budo éditions, 2006

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Au sujet de l'auteur

Arnaud VOJINOVIC

Arnaud VOJINOVIC

Après avoir été Responsable RH et ensuite Consultant en management, Arnaud collabore maintenant avec deux sociétés sud-coréennes, l'une basée à Paris et l'autre à Séoul, travaillant dans le domaine de la formation. D’un profil bi-culturel, il montre une forte appétence pour les pays confucéens et plus particulièrement pour la péninsule coréenne. Consultant en management interculturel spécialisé sur la Corée, il intervient en entreprise et en école de commerce sur des problématiques liées à ce pays ou à ses voisins. Dans son prochain ouvrage à paraitre aux éditions Lemieux éditeur, il propose à partir de situations vécues et personnelles, un décryptage sans concession de la société coréenne.

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