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Le Français vu d’ailleurs
25 mai 2017
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Les comportements français qui interpellent les « Impatriés »

Le Français vu d'ailleurs- AkteosConnaître l’image que l’autre a de nous est important car, inconsciemment, il va rechercher dans nos comportements une confirmation de ses stéréotypes. Nous avons donc rassemblé ci-dessous quelques commentaires exprimés par des participants étrangers à nos formations « Travailler avec des Français », en nous concentrant d’abord sur les comportements professionnels.

Cet inventaire n’a pas la prétention d’être exhaustif et ne reflète que l’opinion des personnes interrogées (non représentatives de la population mondiale).

Vous le noterez vous-même, les avis se contredisent parfois, révélant des différences selon les cultures mais quelques traits communs esquissent un portrait-robot du Français dans l’imaginaire collectif.

Toutes ces remarques montrent à quel point il est important de ne pas s’arrêter à la première impression et de comprendre les motivations derrière les comportements.

Les situations qui surprennent les étrangers

Procédures et efficacité en France

Tout en haut de la liste de ce qui surprend : le tempérament négatif des Français. « Comment des personnes habitant un pays où tout va bien, en comparaison avec mon pays d’origine, peuvent-ils se plaindre autant ? » Beaucoup de participants trouvent en effet que les choses fonctionnent bien en France : les infrastructures sont de qualité à leurs yeux, ils considèrent le pays comme plutôt bien organisé et ils ont une admiration particulière pour le soin apporté à l’entretien du patrimoine historique et culturel.

Parallèlement, ils sont surpris par la paperasserie et le caractère bureaucratique de nombreuses organisations, et les lenteurs qui en découlent. Ils perçoivent beaucoup de règles dont ils ne comprennent pas l’utilité. Cela vaut tout particulièrement pour l’administration, mais également pour l’entreprise où le phénomène est amplifié par l’opacité de certaines procédures : ils ont parfois le sentiment de devoir aller à la pêche aux informations car on ne leur fournit pas toujours un organigramme clair ni des procédures écrites. Parfois, ils ne savent même pas quelles informations leur manquent ni à qui s’adresser. Cela se règle en général au bout de quelques semaines, mais laisse un sentiment de manque d’efficacité au démarrage.

Et puis, ils ont parfois l’impression que la procédure s’applique différemment selon les circonstances et les personnes concernées. Il y a ces fameuses exceptions « qui confirment la règle ».

Certains participants d’Europe du Nord reprochent par ailleurs aux Français un manque d’anticipation : « Plutôt que de mettre en place des mesures préventives, on dirait qu’ils préfèrent ne rien faire et laisser se produire la crise en espérant que cela fera bouger les lignes ou qu’ils pourront improviser le moment venu », nous dit un Néerlandais.

Rapport aux autres et communication

Les personnes interrogées s’accordent en général à dire que les Français sont polis, aimables et attachés au relationnel : « Ils sont souriants, serrent la main, font la bise », nous dit un Allemand, « et lorsqu’on a noué le contact, la collaboration devient beaucoup plus facile ». Dans le même temps, les étrangers sont surpris du peu de relation que l’on entretient en France avec ses collègues en dehors du travail. Contrairement à ce qui se fait dans d’autres pays, on n’est pas facilement invité par ses collègues le soir, ce qui peut donner aux étrangers un sentiment d’isolement.

Les difficultés de communication liées à la langue sont souvent évoquées, à cause d’une certaine faiblesse en anglais et d’une tendance à parler français, même en présence de non-francophones (machine à café, cantine, réunions)… « Parfois le Français refuse de parler anglais, quand bien même il sait le parler ». Cela peut donner à celui qui ne maîtrise pas la langue le sentiment d’être exclu.

Autre difficulté : le caractère implicite de la communication en France. Il faut savoir décoder les messages. « La communication implicite des Français complique la compréhension » souligne un Néerlandais.

Relations commerciales

Vu d’Afrique, le Français n’a pas le même sens du client : à l’heure de la fermeture, les clients ne sont pas les bienvenus en France ! Certains impatriés sont surpris aussi par l’obligation de prendre rendez-vous, même pour aller chez le coiffeur. Où est la spontanéité, la souplesse ?

Inversement, vu d’Allemagne, ce qui choque, c’est que les entreprises françaises ne savent pas dire « non » à leurs clients professionnels, allant parfois au-delà de ce que leurs conditions de vente stipulent. Le simple fait d’être client semble donner tous les droits aux entreprises clientes.

Autre sujet de discussion : l’attente dans les magasins, banques, postes, administrations. Pourquoi est-elle parfois aussi longue ? Le personnel s’attache à servir le mieux possible la personne dont c’est le tour, quitte à faire attendre tous les autres clients. Cela choque ceux qui viennent de pays dans lesquels on mesure la qualité du service non pas au temps consacré à chaque client, mais à la brièveté du temps d’attente.

Implication dans le travail

« Le Français travaille dur », nous disent des impatriés de nombreux pays. Il a une expertise indéniable et maitrise en général son sujet. Pour les Allemands, le Français s’implique personnellement dans son travail, et est prêt à accomplir des tâches qui ne sont pas dans son descriptif de poste. Il raisonne dans l’intérêt du groupe, ne se cantonne pas à sa fonction et à son marché. Le reproche qui lui est fait cependant est de donner parfois l’impression de chercher à être brillant plutôt qu’efficace.

Quels sont les grands sujets de perplexité ?

1. Le rituel de la bise ou du serrage de main

Combien de fois faut-il serrer la main par jour ? Dans de nombreux pays africains, on serre la main à chaque fois que l’on se rencontre.

Combien de bises ? A qui ? Par quelle joue commencer ? Et comment faire comprendre que cela me gêne, surtout si je viens d’un pays où les relations hommes-femmes sont beaucoup plus formelles ?

2. Les réunions

Les réunions déroutent aussi bien par leur déroulé (démarrage et clôture en retard, agenda pas toujours respecté, longueur des débats, absence de conclusion claire) que par le côté parfois passionné des discussions. Les étrangers remarquent aussi que l’attitude de leurs collègues français en réunion est différente, en fonction de la présence ou non de leur supérieur, soulignant ainsi leur sens de la hiérarchie.

3. L’application des règles

Les règles imposées aux filiales étrangères et pas toujours respectées par la maison mère décrédibilisent sa parole.

4. Les grèves

Les grèves sont très peu comprises en général : comment peut-on laisser se faire une grève qui pénalise des personnes et des entreprises qui ne sont pas concernées par le conflit ?

« Ma liberté, dans mon pays d’origine, s’arrête là où commence celle de l’autre ; en France, j’ai le sentiment qu’il n’y a pas de limite à la liberté individuelle, quel que soit l’impact sur l’autre. » Les étrangers, qui ne connaissent pas suffisamment le pays pour pouvoir mettre en place un plan B, ou utiliser le système D, ont, plus encore que les Français, le sentiment d’être otages de conflits sociaux qui ne les concernent pas.

Conclusion

Malgré tout, l’image qu’a une large majorité des étrangers sur la France est beaucoup plus équilibrée que ce qu’en pensent les Français eux-mêmes. Il est surprenant d’observer à quel point les Français sont négatifs sur eux-mêmes. Or ce n’est pas un réflexe humain universel : les Allemands, Britanniques, Américains, Néerlandais, interrogés sur leur image supposée à l’étranger sont beaucoup plus positifs. Ils sont convaincus d’avoir dans l’ensemble une bonne image.

N’accusons donc pas les autres de faire du French bashing, les maîtres en la matière sont les Français eux-mêmes. Pour reprendre notre Cyrano national :

« Je me les sers moi-même avec assez de verve,
Mais je ne permets pas qu’un autre me les serve. »

Laurence Petit, Consultante Akteos, leader des formations interculturelles

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Au sujet de l'auteur

Laurence Petit

Laurence Petit

Diplômée d'HEC, Laurence Petit a vécu et travaillé de nombreuses années en Allemagne, aux États-Unis, aux Pays-Bas et en France. Son expérience lui a permis de s’intéresser aux différences de style de management et de gestion des affaires dans les cultures qu’elle a côtoyées. Elle lui a également fait prendre conscience du regard porté par les autres cultures sur nos spécificités françaises. Aujourd’hui consultante interculturaliste, Laurence aide les équipes multiculturelles à travailler plus efficacement ensemble. Elle accompagne également régulièrement des « impatriés » de toutes origines dans leur intégration en France.

Il y a 8 commentaires

  • Anda Anda dit :

    Excellente synthèse d’un portrait dans lequel il faudrait être de mauvaise foi pour ne pas reconnaître le fonctionnement de notre pays. Je vois 2 choses : 1) Il faut pouvoir expliquer aux étrangers ce qui fonde les situations et actions décrites, 2) On voit que la perception des Français dépend des conceptions propres à chaque nationalité

  • taleb dit :

    Article très proche de la réalité , j’ai beaucoup ri , en lisant les réunions , grèves et procédures c’est tellement vrai !
    Merci pour cet article.

  • André Ballarin dit :

    Cet article est très juste et malheureusement le « French bashing » que les Français s’appliquent à eux-mêmes contribue grandement à la montée du populisme, les aveugle et les fait adhérer à la méthode Coué de l’extrême droite qui consiste à dire que tout va mal sans rien proposer de réellement constructif (cf. débat Le Pen/Macron).

  • […] Source : Le Français vu d’ailleurs – Regards InterculturelsRegards Interculturels […]

  • Certes les Français adorent dénigrer leur pays et toutes les comparaisons internationales montrent que les Français sont dans le peloton de tête des pessimistes. Cependant dès qu’il a franchi la frontière ce que le Français observe est moins bien qu’en France ; cela devient la « Selbstübereinstimmung » que nous reprochent les Allemands. Enfin parmi tous les Français qui viennent en tête du sentiment de supériorité, il y a les Parisiens. Une enquête réalisée il y a quelques années auprès des étudiants Erasmus venus en France, n’était pas flatteuse pour les habitants de la capitale.

    • PETIT Laurence PETIT Laurence dit :

      Vous avez raison, ce qui vaut pour les Parisiens ne vaut pas pour la France entière, l’ennui étant que Paris est souvent le 1er contact des étrangers avec la France.
      Je ne connais pas l’étude que vous évoquez chez les étudiants Erasmus, mais mon expérience des milieux professionnels internationaux va dans le même sens. J’ai une hypothèse explicative, après de nombreuses discussions sur ce sujet avec différents interlocuteurs internationaux : le Français est plus compliqué à « décoder » que d’autres nationalités. C’est son côté ni vraiment du Nord, ni vraiment du Sud de l’Europe, qui le rend « imprévisible » selon certains. Il réagit parfois comme un Italien, parfois comme un Allemand et les étrangers ne s’y retrouvent plus. Et puis il y a notre barrière psychologique vis à vis de l’anglais, due à une conviction que l’autre va nous juger – elle est interprétée malheureusement par l’étranger comme un sentiment de supériorité du Français qui n’a sans doute pas digéré le fait que l’anglais est désormais la langue internationale.
      La bonne nouvelle est que lorsque l’on explique les choses lors d’une formation interculturelle, le sentiment anti-Français du début se transforme au cours de la journée en véritable adhésion. Faisons de la pédagogie !

  • GASQUET dit :

    Bonjour Laurence, Super votre article. Il y a beaucoup d’éléments dedans que l’on peut valider avec les modèles culturels : Hofstede (importance de la hiérarchie, évitement des incertitudes…), d’Iribarne (autonomie et sens du devoir très bien explicités dans « La logique de l’honneur » – je le conseille à vos élèves) ou Hall (communication implicite avec les nombres de bise selon la région/la personne, le tutoiement/vouvoiement…)… Nous français pouvons être un vrai casse tête pour les étrangers, comme c’est le cas en sens inverse. C’est cela la culture, des comportements et des valeurs acquis pendant l’enfance, pas toujours compréhensible pour les autres, d’où l’intérêt de la pédagogie et de la formation interculturelle.

  • Répondre à Le Français vu d’ailleurs – Regards InterculturelsRegards Interculturels | Asean Weaver For Business Blog Annuler la réponse.

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