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Anecdotes interculturelles Cultures & Pays
Le mythe de la « poupée asiatique »
19 octobre 2017
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Le premier prix du jeu organisé par Akteos sur les clichés culturels a été attribué à Orasa Sae-Song qui décrit avec humour les idées reçues sur la femme asiatique et rétablit la vérité en donnant des explications intéressantes sur sa culture.

La « femme asiatique » : entre fantasmes et réalité

Le mythe de la poupée asiatiqueSe marier à un étranger oblige à devenir particulièrement attentive aux clichés culturels dont on vous affuble…

En tant que « femme asiatique », si tant est qu’elle existe en raison de l’extrême diversité du continent et du caractère pluriel des femmes qui y vivent, j’ai ainsi constaté à de multiples reprises que je me trouvais au cœur d’un certain nombre de préjugés et de stéréotypes souvent agaçants…

Combattre ces clichés qui ont la vie dure !

Irritée par certains propos entendus autour de moi dans les soirées ou les dîners, propos souvent accompagnés d’œillades plus ou moins discrètes dont le sens général pourrait être traduit par : « elle fait bien jeune… » ou « mais où se sont-ils rencontrés… », j’ai décidé d’écrire, avec l’aide de mon mari, un article rectificatif destiné à mettre en garde contre ces clichés.

Pour me limiter aux plus courants de ces derniers, il semblerait que la « femme asiatique » soit généralement perçue tout à la fois comme :

  • Soumise à son époux
  • Une miniature de luxe sophistiquée et hautaine
  • Une briseuse de ménage
  • Une créature vénale prête à se vendre au plus offrant
  • Le pion avancé d’une famille nombreuse que son époux occidental se doit de secourir et d’assister

Qu’en est-il au juste à propos de ces idées reçues ?

Sommes-nous toutes réellement des « êtres dociles et soumis » à nos époux ?

Un peu d’histoire de notre civilisation… Quelle que soit notre nationalité, nous vivons depuis des générations dans un univers patriarcal où depuis près de quatre mille ans, pour vivre, voire survivre, il nous a fallu apprendre à privilégier la diplomatie et la douceur par rapport à la force…

Le souvenir de nos grand-mères coréennes, transformées en « femmes de confort » pendant la guerre, ou chinoises, dont les pieds étaient mutilés au nom de critères esthétiques, est encore très vivace. Pour celles qui échappaient à l’infanticide, le mariage signifiait en outre le passage du joug d’un père ayant droit de vie et de mort sur elles à la férule d’une belle-mère dont elles deviendraient l’obligée…

En Asie, bien souvent sous l’apparente docilité féminine se dissimule en fait un être ayant appris à jouer au mieux de ses intérêts d’un rapport permanent du faible au fort, rapport né dans les rizières et qui se perpétue aujourd’hui dans les usines, les comités de direction ou les salons commerciaux… S’il n’exclut pas le respect légitime dû au père ou à l’époux, accepté souvent plus âgé dans un but sécuritaire, ce pragmatisme souriant et onctueux fait de nous « une main de fer dans un gant de velours »

Sommes-nous vraiment des « poupées de luxe sophistiquées et hautaines » ?

Si nous sommes si attentives à notre allure physique et vestimentaire, c’est que quel que soit notre pays nous appartenons toutes à une société où les apparences et l’image sont essentielles. Plus que partout ailleurs, c’est en effet par le regard des autres que nous nous positionnons sur l’échelle sociale et honorons en retour par la face, nos familles pour l’éducation reçue, nos époux pour les conditions de vie qu’ils nous procurent….

La couleur blanche de notre peau, le port de vêtements élégants et l’utilisation de produits de marque (ou de leurs copies) ne sont donc nullement une attitude de snobisme ou de fierté exacerbée, mais la manifestation de l’identité sociale que nous revendiquons tant au travail que dans notre vie de couple. Ces symboles de luxe dont nous sommes si friandes, ces cadeaux que nous affichons souvent avec ostentation, notamment sur les réseaux sociaux, ne sont donc que le témoignage public de la place que nous occupons et de l’affection qu’on nous porte.

Sommes nous toutes des « briseuses de ménage » ?

Il est bien naturel qu’avec la jeune et souriante maid philippine ou la diplômée shanghaienne affectée comme assistante de leur mari, court vêtue et sexy en diable, beaucoup de femmes d’expatriés puissent hésiter en période de vacances à revenir seules dans leur pays d’origine avec les enfants… mais n’exagérons pas…

Même les « Sarong party girls » singapouriennes, pourtant fortement redoutées, préfèrent traquer le fringant golden boy célibataire, plutôt que le « quadra » bedonnant chargé de famille… En réalité, plutôt que de nous incriminer en cas de « catastrophe conjugale », les candidats à l’expatriation devraient pouvoir s’interroger davantage sur la solidité de leur couple avant le départ.

Sommes nous toutes réellement des « créatures intrigantes et vénales » ?

Même si en Asie le mariage a encore une finalité sociale très forte, les mariages d’amour progressent par rapport aux mariages arrangés ou fondés sur des critères financiers.

Si vous aimez la lecture, oubliez donc le personnage de Maï, cette taxi girl chinoise, héroïne machiavélique du Grand monde de Guy des Cars… Si vous êtes un cinéphile averti, n’imaginez pas que votre interprète chinoise, mère célibataire ou divorcée, est nécessairement la réincarnation de Suzi Wong, cette entraîneuse un brin affabulatrice du Hong Kong des années cinquante… Enfin, si vous êtes un noctambule effréné, évitez les reportages télé à sensation qui pourraient donner à penser que toute femme aux yeux bridés est une « fille facile » prête à se vendre au plus offrant…

Sommes nous toutes inévitablement la « représentante d’une multitude familiale » ?

Reste enfin le mythe de la famille « élargie »… Force est de constater que bien qu’en évolution, le fonctionnement de nos sociétés est encore largement communautariste ce qui nous soumet, nous autres femmes, à une pression morale que nous ne pouvons ignorer.

Sachez qu’une vision trop nucléaire de la famille et le rejet de ces liens de solidarité nés du sang nous exposent à une accusation infamante d’égoïsme et d’irrespect vis à vis des anciens, des proches…

S’il convient de relativiser l’importance de la contribution financière imposée par ces liens familiaux, il n’en reste pas moins que dans un couple multiculturel, nos époux doivent comprendre cette obligation morale de soutien qui est la nôtre et dont nous ne pouvons nous affranchir sous peine de perdre la face et de la faire perdre à nos parents directs… Bien comprendre cela est d’ailleurs sans doute l’une des clés essentielle de réussite d’un mariage entre une Asiatique et un « long nez »…

Pour conclure je dirai qu’il est grand temps de nuancer les idées reçues concernant les « femmes asiatiques » et les mises en garde proférées à leur égard… Ces préjugés et ces stéréotypes véhiculés par la littérature, le cinéma, la télévision, voire une observation superficielle de la société locale, s’avèrent en effet parfois très lourds à porter.

Outre le fait qu’ils faussent le jugement des personnes que nous rencontrons, exacerbent les susceptibilités et génèrent des tensions inutiles, ils peuvent en effet à la longue perturber profondément autant l’équilibre conjugal d’un couple multiculturel que son intégration dans la société occidentale locale…

Orasa Sae-Song

Merci pour votre participation au jeu interculturel d’Akteos
D’autres clichés culturels seront publiés ultérieurement 

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Au sujet de l'auteur

Orasa SAE-SONG

Orasa SAE-SONG

Issue d'une famille appartenant à la diaspora chinoise qui a essaimé jusqu'en Corée et en Thaïlande, Orasa Sae-Song est mariée à un Français et partage désormais sa vie entre l'Europe et l'Asie. Occupant une position d'observatrice privilégiée à la frontière de différentes cultures, comme c'est le cas pour tous les couples où les conjoints sont de nationalités différentes, son approche de la multiculturalité se décline au quotidien et repose sur une démythification permanente de nombreux clichés.

Il y a 1 commentaire

  • VAILHERE dit :

    Je trouve cet article intéressant, mais je dirais qu’il y a des clichés pour toutes les catégories de population… la française est aussi vue comme hautaine, arrogante bien que très élégante, ce sont des traits de l’histoire de la mode et des coutumes qui restent ancrés dans les esprits et certaines coutumes se perpétuent encore, il ne faut pas en avoir honte ou peur tant que cela est accepté et consenti chacun son mode de vie.
    Mais ma génération (80-90) n’a plus ou très peu en tète ces formes de préjugés et heureusement!
    Il y a des endroits qui restent toutefois célèbres pour les filles plus « accessibles » comme en Thaïlande, mais il en est de même en Europe de l’est… et il y aura toujours des clichés quelle que que soit l’ethnie.

    Merci pour ce joli résumé :)

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