EN  -  NL
Anecdotes interculturelles Cultures & Pays
Le paradis et l’enfer en Europe
2 novembre 2017
0

Le deuxième prix du jeu organisé par Akteos sur les clichés culturels a été attribué à Jean-Luc Martin qui décrit avec humour les clichés sur les Allemands, les Britanniques, les Français, les Italiens et les Suisses !

Clichés sur des pays d’Europe !

Le paradis et l'enfer en Europe« Heureux comme Dieu en France » dit un proverbe allemand bien connu… Pourtant, à en croire certains « Philosophes de comptoir » qui s’expriment sur les réseaux sociaux, l’Hexagone ne serait apparemment pas ce paradis qui a justifié les nombreuses « visites » que nos amis d’outre-Rhin nous ont rendues tout au long des siècles passés…

Pour déterminer le pays d’Europe où il ferait le mieux « bon vivre » et celui qu’il faudrait éviter, inutile disent nos « experts » de s’encombrer la tête avec les dimensions de Hofstede ou les analyses de d’Iribarne : les cinq critères pertinents pour dissocier en Europe le paradis de l’enfer seraient en effet selon eux, l’action de la police, l’art culinaire, la mécanique auto, l’organisation du travail et… l’art d’aimer. Il n’y a pas à chercher plus loin…

Mais voyons donc ce qu’il en est à propos de ces clichés…

Le paradis serait là où la police est britannique et l’enfer là où elle est allemande…

Si l’on fait le tour des polices européennes, il semblerait effectivement que le Bobby britannique véhicule une image d’éducation et de courtoisie inégalable…

Outre le fait qu’il pousse la courtoisie jusqu’à ne pas être armé, sans doute pour ne pas effrayer ses concitoyens, chacun sait en outre qu’il ne lui viendrait pas à l’esprit de venir sonner chez vous à des heures indues. Ce privilège de pouvoir « déranger » les gens avant sept heures du matin ne saurait être toléré, si l’on en croît Churchill, que pour le laitier londonien et… pour les « voyous » de la Gestapo dont l’impolitesse notoire expliquerait sans doute l’image défavorable donnée à la police d’outre-Rhin.

Le paradis serait là où les mécaniciens sont allemands et l’enfer là où ils sont français…

Visiblement le souvenir de la Citroën 2CV qui a véhiculé des générations de Français moyens (avec ou sans un cageot d’œufs) ou de la 404 Peugeot qui a parcouru toutes les pistes d’Afrique et du Maghreb semble aujourd’hui se dissiper par rapport au prestige croissant des BMW et des Benz comme on dit en Asie… sans oublier le combi Volkswagen qui après avoir convoyé les amateurs « d’herbes aromatiques » des années 60-70 sur les chemins de Katmandou revient aujourd’hui en force…

Si j’étais Carlos Ghosn, après tous ces efforts faits pour remonter Renault, une telle conception du paradis automobile m’agacerait quand même un brin… mais bon il est quand même difficile de faire oublier aux gens que la « voiture du peuple » a traversé en son temps l’Europe (dans les deux sens…) sans nécessiter le recours aux réparations du système D français… preuve indéniable de sa robustesse et de sa fiabilité.

Le paradis serait là où les cuisiniers sont français et l’enfer là où ils sont britanniques…

En matière culinaire, inutile de développer… Si le bon Dieu a localisé le foie gras et toutes ces variétés de fromage en France… mais la panse de brebis farcie ainsi que la viande bouillie outre-Manche, c’est bien pour que les choses soient parfaitement claires…

Voyons, si la France n’était pas le pays de la gastronomie pourquoi voudriez-vous qu’un marchand de pneumatiques donne dans les guides culinaires ?… Avez-vous déjà entendu parler d’un guide gastronomique Dunlop ou Firestone ? Moi pas…

D’ailleurs, si Peter Mayle, ce transfuge britannique qui a émigré vers le Luberon pour des raisons essentiellement gustatives, a intitulé son best-seller « Une année en Provence » et pas « Une année au Pays de Galles », c’est bien pour une raison, non ?… Ceux qui en douteraient encore n’ont donc qu’à se plonger dans ce livre et ils comprendront… en salivant.

Le paradis serait là où les amants sont italiens et l’enfer là où ils sont suisses…

Dans le domaine de l’amour, pour être bien vu de sa partenaire, il semblerait pour reprendre le langage des spécialistes en management interculturel qu’il faille avoir une conception du temps à la fois cyclique et polychronique, en d’autres termes qu’il faille savoir vivre dans l’instant présent en oubliant planning et horloge, tout en étant capable de mener plusieurs actions à la fois… sans oublier de privilégier bien évidemment la personne par rapport à la « tâche » …

A ma connaissance, un seul pays est effectivement capable de produire des individus présentant toutes ces aptitudes, c’est précisément l’Italie, qui nous a donnés « L’art d’aimer » d’Ovide et le « latin lover » par excellence, j’ai nommé Rudolf Valentino…

Nous autres Français qui jalousons toujours quelque peu les Italiens, nous doutions quand même un peu de leur supériorité sur ce plan là… Mais au lieu de râler de notre seconde position, plaignions donc plutôt nos amis helvètes qui eux ne sauront jamais à côté de quoi ils passent en gardant en toutes circonstances un oeil sur leur chronomètre de précision et l’autre sur leur portefeuille… encore qu’on puisse les comprendre un peu s’ils sont avec une personne de « mauvaise vie »… Quant aux Allemands et aux Anglo-saxons, sans être suspectés de « dopage » comme les Suisses, inutile de dire que leur conception monochronique du temps et leur culture du résultat les mettent définitivement hors jeu dans ce domaine là…

Le paradis serait là où les choses sont organisées par des Suisses et l’enfer là où les Italiens s’en chargent…

Evidemment, quand on est un homme, il vient un moment où il faut quitter la chambre à coucher conjugale (ou de passage…) pour aller gagner sa vie en oeuvrant dans l’ordre et la bonne humeur… et c’est là que sonne la revanche des Suisses dont le sens pratique, le culte du secret et l’organisation dans le travail ridiculisent depuis des générations ces Italiens fantaisistes, beaux parleurs et peu fiables…

Et oui, si vous ne saviez pas pourquoi la papauté préfère depuis cinq siècles confier sa sécurité à des gardes recrutés dans les cantons suisses plutôt qu’à des Sardes ou des Piémontais et bien vous avez la réponse maintenant… Certes, le Saint-Père aurait bien entendu pu recourir aux Calabrais et aux Siciliens, « Italiens un peu à part » comme chacun sait et qui en matière de maniement d’armes passent pour être assez habiles, mais c’était là une question d’image, car pour garder le Vatican, les Suisses présentaient mieux, reconnaissons-le… et ceci pas uniquement pour une question de taille ou de foi religieuse…

Donc en résumé, si l’on se fie aux clichés des « Philosophes de comptoir », « l’Européen heureux » serait un Italien, marié à une Française cordon bleu, conduisant une puissante berline allemande, vivant à Londres et… disposant d’un compte bancaire en Suisse…

Quant à « l’Européen malheureux », vous n’avez que l’embarras du choix car toutes les combinaisons et gradations sont possibles aussi je vous laisse juge de déterminer où vous vous situez… sauf bien entendu si vous êtes un Suisse alémanique marié à une Anglaise et possédant une Renault ou une Peugeot… auquel cas votre cas est bien évidemment désespéré…

Jean-Luc Martin

Merci pour votre participation au jeu interculturel d’Akteos
D’autres clichés culturels seront publiés ultérieurement 

S’inscrire à Regards Interculturels

Entrer votre adresse email pour recevoir le prochain article

Au sujet de l'auteur

Jean-Luc Martin

Jean-Luc Martin

A l’issue d’une carrière militaire qui l'a conduit à passer de très nombreuses années à l’étranger et outre-mer, Jean Luc Martin enseigne le management interculturel en école de commerce et travaille sur les problématiques de gestion de l’expatriation. Saint-Cyrien, breveté de l’École de guerre, il est aussi diplômé d’un 3° cycle en Sociologie des organisations de l’IEP de Paris et titulaire d’un master en management des ressources humaines de l’IAE de Paris.

Il y a 0 commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

Le mythe de la poupée asiatique

Le mythe de la « poupée asiatique »

Orasa Sae-Song a gagné le 1er prix du jeu de l'é...

Lire la suite
Réponse étude de cas interculturelle

Réconcilier Américains et Brésiliens

Comment concilier la volonté d’efficacité du s...

Lire la suite
Etude de cas Akteos

Comment traiter les clients au Brésil ?

Etudiez un cas réel d'une politique globale appli...

Lire la suite