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Anecdotes interculturelles Cultures & Pays
Je ne suis pas malpoli, je suis français !
10 avril 2018
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Chef, c’est pas moi ! C’est ma culture… française !

Je suis françaisAvez-vous entendu parler de cette histoire ?

Apparemment, on peut se prévaloir de sa culture française pour justifier un comportement considéré par d’autres comme « inapproprié » ! C’est du moins la ligne de défense adoptée par un serveur français licencié par un restaurateur de Vancouver pour cause de comportement « malpoli, agressif et irrespectueux ». Un tribunal a jugé la plainte recevable et doit se prononcer prochainement.

Lorsque j’ai entendu cette histoire, j’avoue avoir pensé à un canular, mais la presse est unanime : tout est vrai. Le serveur aurait admis sa tendance, typiquement française d’après lui, à se montrer « plus direct et plus expressif » que son entourage canadien. Son attitude « directe, honnête et professionnelle » aurait fait l’objet d’une discrimination culturelle, puisqu’il s’agissait d’un trait caractéristique de sa culture française, mal interprété par ses interlocuteurs.

Relations professionnelles axées sur la tâche ou sur la personne

Tout d’abord, on pourrait s’interroger sur le positionnement des intéressés sur l’axe Tâche / Relation. Lorsque nous devons accomplir une tâche, certains d’entre nous sont prioritairement focalisés sur son objet, ses résultats et les compétences requises. C’est essentiellement une question de savoir-faire.

D’autres donnent plus d’importance à la façon de mener cette tâche, notamment en termes de relation avec les autres (collègues ou clients). Pour les personnes situées du côté « Relation » de l’axe, la technicité ne peut pas mener au succès sans savoir-être et intelligence relationnelle.

Le collaborateur en question, dont ses anciens employeurs reconnaissent les compétences techniques, semble ainsi pencher clairement du côté de la tâche. De ce point de vue, d’après la littérature interculturelle, l’explication de ce décalage n’est pas à chercher sur cette dimension. En effet, la culture française serait plus orientée « Relation » que la culture canadienne.

Canada-France_2

Résolution des désaccords dans l’opposition ou le consensus

Jetons alors un regard du côté de la façon de résoudre le désaccord (confrontation vs consensus). Comment les Canadiens ont-ils pu interpréter comme « malpoli, agressif et irrespectueux », ce que le serveur français a pointé comme une façon d’être « plus directe et plus expressive » ?

Les Canadiens, tout en étant assez directs dans leur mode de communication, se situent du côté de l’évitement du conflit, du consensus, estimant que le désaccord et le mécontentement doivent s’exprimer dans le respect des règles de politesse et de la préservation de l’harmonie.

Les Français, passionnés de débat contradictoire et encouragés par le célèbre adage « il faut crever l’abcès[1] », ont une certaine tendance à affronter tout différend d’opinions comme une question de vie ou de mort. Que le plus fort gagne ! Ils se situent donc très nettement côté confrontation, sans trop d’égards par rapport aux conséquences que cela peut avoir sur la relation.

Cela n’est ni bon ni mauvais, car tout est question de perception et de préférence. Il y a des cultures où la confrontation directe est encore plus forte qu’en France. Et des pays où l’harmonie et l’évitement du conflit sont plus encore recherchés qu’au Canada. Tout est relatif et dans le domaine des relations interculturelles cela est sans doute plus flagrant qu’ailleurs.

Cette histoire nous rappelle, si besoin est, que les problèmes viennent moins de la différence, que du manque de souplesse et d’adaptation des protagonistes.

[1] Dans mes conférences, je rappelle souvent l’intérêt des proverbes et dictons populaires dans la compréhension d’une culture. Saviez-vous que l’expression  « crever l’abcès », pour indiquer la volonté de résoudre une situation difficile, n’a pas d’équivalent en anglais, ni en italien ni en espagnol ou en portugais ?

Angela Lequenne
Consultante Akteos, leader des formations interculturelles

Au sujet de l'auteur

Angela Lequenne

Angela Lequenne

Angela Lequenne, coach certifiée et formatrice expérimentée, est spécialisée en coaching et management interculturel. Italienne d’origine, Angela arrive en France en 1997 et poursuit une carrière de manager d’équipes multiculturelles au sein d’entreprises internationales. Forte de son excellente connaissance du monde de l’entreprise et des dynamiques d’équipe, elle accompagne aujourd’hui ses clients sur tous les sujets touchant à la motivation d’équipe, à l’intelligence collective et au développement du leadership face aux défis du management interculturel, virtuel, mondialisé.

Il y a 7 commentaires

  • Bonjour j’ai lu votre article avec intérêt. Étant d’origine danoise, je depuis que je vis et travaille en France je suis tout le temps étonnée et je l’avoue parfois un peu choquée, oui oui, de la ‘directeness’ et presque arrogance des ‘garçons de café, qui pour moi et mon peuple ‘frôle’ l’incorrect.
    Vous voyez nous sommes plusieurs à le penser et pas seulement sur le continent américain.
    maintenant il faut lui laisser la bénéfice du doute, et mes paroles ne le concernent pas en particulier, ne l’ayant jamais croisé.
    Mais c’est drôle car quand j’ai lu il y a quelques semaines cette histoire,dans la presse je pensais que les scandinaves avaient la priorité sur le coté franc et direct! En tant que formatrice interculturelle, spécialisée France Scandinavie, ce n’est pas exactement là que j’aurai situé le français.
    Ce qui nous fait un retour à l’arrogance. voyons voir ce que la justice dira et nous aurions un semblant de réponse.
    Bonne journée et merci pour votre article.
    Pia Abildgaard

    • Vinh dit :

      Bonjour,
      on aimerait en savoir un peu plus, sur la réalité des faits à l’origine du contentieux ! A priori, on n’est pas obligé d’accepter les arguments culturels que les gens se donnent pour justifier leurs actions (exemple: faire la guerre au nom de …Dieu). Étant français, je dénie à quiconque le droit (moral) de faire ceci ou cela (et d’être impoli) au nom de ma culture française…! Évitons le culturalisme aussi (les camerounais sont comme ça, les vietnamiens sont comme ci, les Anglais X, les Français Y, les Scandinaves Z , etc…). Par contre, l’histoire judiciaire racontée en dit beaucoup sur la société canadienne, obsédée par le multiculturalisme et la peur de froisser les sensibilités (par exemple, à l’égard des Descendants des Natifs). Au Canada, dès qu’on évoque votre prétendue Culture, tout le monde prend peur de vous froisser (J’exagère, mais pas trop…).

    • François dit :

      « Arrogance »… Le mot est lâché. C’est fou comme ce stéréotype est bien vécu par nombre d’étrangers qui se permettent de juger les Français sous ce biais, sans jamais se demander dans quelle mesure leur propre comportement entraîne les réactions qu’ils constatent. Le meilleur exemple étant les touristes qui ne font aucun effort de politesse ou pour utiliser le moindre mot de français (pas même un simple « bonjour » !) et qui mettent sur le compte de l’arrogance les réponses peu amènes qu’ils reçoivent logiquement.

  • Valentina dit :

    Cet article est fort intéressant car c’est souvent moi, italienne, dans mon cadre professionnel, qui passe très souvent pour celle qui est très agressive, sure d’elle, trop directe, et arrogante…Je n’ai jamais considéré les français comme étant particulièrement « straight forward », mais j’imagine que tout est une question de perspective.

  • Olivier S. dit :

    Constat très vrai et pertinent.

    Effectivement, il m’est arrivé d’observer, dans un contexte multi culturel, que deux français, pensant se comporter normalement ‘comme français’ et discutant avec une certaine passion d’un problème, pouvaient provoquer l’étonnement, voire la gène ou la désaprobation autour d’eux. Phénomène observé avec nos cousins latins (espagnols, brésiliens, portuguais) pourtant réputés pour leur tempérament vif. Ce qui est perçu comme naturel et factuel par un français (dans le but de susciter une action d’amélioration) est facilement compris comme une critique aggressive, ce qui bloque alors le débat. La maieutique et le questionnement deviennent des démarches sures qui peuvent débloquer la situation.

  • Najib Akiki dit :

    En effet, travaillant à Montréal avec des nouveaux arrivants depuis 10 ans maintenant, cette situation ne m’étonne pas. Les français à Montréal ayant la plus grande concentration au Canada, je me suis trouvé souvent en situation de résolution de conflit interculturel.
    C’est clair que les français par leur attitude de résoudre un conflit est loi du consentement et dans leur culture professionnelle il est fréquent que des collègues se permettent une « chicane » pour exprimer leurs opinions divergentes. Mais reste que c’est une façon incomprise en milieu canadien et soulève la question de l’intégration et de l’adaptation. D’où l’expression courante: « ces maudits français! »

  • Jean luc Martin Jean luc Martin dit :

    Ne faisons tout de même pas du langage d’un garçon de café, qui doit courir toute la journée d’un client à l’autre en mémorisant les commandes, un stéréotype de référence de l’expression orale française… Chaque profession obéit en effet à des codes et des modes d’expression qui lui sont propres, certaines appliquant une expression plus directe que d’autres du fait des spécificités culturelles des personnes qu’elle met en relation ou du travail à accomplir. D’une manière générale nous vivons en France dans un pays où l’on privilégie encore relativement, sans tomber dans l’excès, le relationnel par rapport à la tâche, même s’il faut bien évidemment nuancer cette idée suivant les régions, les professions, la formation des individus… Le recours au langage indirect, au deuxième degré, le choix du vocabulaire et des temps de conjugaison, les formes grammaticales et les tournures de phrases attestent de notre souci d’adoucir le discours. C’est d’ailleurs en partie à cause de cette richesse, qui rend l’apprentissage du français bien difficile pour un étranger, que la langue française a été pendant très longtemps la langue de la diplomatie, au moins jusqu’à la première guerre mondiale, en raison des multiples nuances qu’elle recèle…

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