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Cultures & Pays
Stratégie innovante dans la Music Valley en Chine
17 avril 2018
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Pinggu en Chine, premier centre mondial de la lutherie

Une croissance fulgurante soutenue par l’innovation !

La Chine est devenue en vingt ans le plus grand centre de lutherie au monde pour la production de violons de moyenne gamme (70% du marché mondial aujourd’hui). Le marché intérieur chinois croît aussi très fortement avec les exigences d’éducation de la classe moyenne.

Les Chinois ont appris vite. Ils ont mobilisé tous les ingrédients de leur pensée, transmise, notamment, à travers les idéogrammes. L’écriture chinoise favorise la pensée associative, la mobilité, l’intégration, la précision, la vision holistique ainsi qu’une approche concrète et non conceptuelle du monde. Parallèlement, l’humilité est de mise et les transformations s’opèrent dans la plus grande discrétion.

Une transformation silencieuse en Chine

Tout a commencé à la fin des années 1980, où des dizaines d’ateliers de lutherie ont vu le jour à Donggaocun, dans le district de Pinggu, à l’est de Pékin. La région bénéfice à profusion de bois, notamment d’érable. Les paysans ont trouvé dans la lutherie une source de revenu complémentaire. En 1995, la lutherie est déclarée industrie stratégique par le gouvernement local, qui décide de faire de Pinggu la capitale du violon en Chine. Celui-ci forme à la lutherie la main-d’œuvre locale, traditionnellement dédiée à l’agriculture (cette région est connue pour ses pêches), et réoriente l’activité vers une industrie mondiale de niche, à forte croissance, en soutenant financièrement le secteur.

Au milieu des années 90, la production croît, mais les instruments sont de piètre qualité, les finitions grossières et leur acoustique déplorable. Impropres à l’exportation, ils ne satisfont pas les critères d’exigence multi centenaires de la lutherie internationale.

Une démarche de perfectionnement à la chinoise

Les luthiers chinois se sont lancés alors dans une deuxième étape d’apprentissage. Ils se rendent en Europe et achètent en Italie, en France, en Allemagne violons de qualité, manuels de lutherie et planches d’instruments du XVIIIe siècle. Je les ai moi-même vu faire, ayant eu une modeste participation dans un magasin de lutherie à Paris. Les instruments qu’ils proposaient alors, étant systématiquement refusés à l’international, ils demandèrent « montrez-nous les violons de qualité que vous vendez. » Après en avoir achetés quelques-uns, ils rentrèrent chez eux.

Revenus à Pinggu, les luthiers et industriels chinois ont initié une démarche de perfectionnement permanent et non de simples copistes, comme on aime encore à croire.  Ils ont installé des centres de recherche et développement en acoustique pour atteindre les niveaux d’exigence de la lutherie internationale. Ils ont amélioré l’aspect esthétique de l’instrument et peaufiné les finitions.

Très vite, ils ont revu en profondeur le mode de production industrielle classique des violons, en mettant en place une chaîne d’assemblage continue constituée de 30 tâches distinctes pour finaliser un violon. Chaque ouvrier est dédié à une tâche seulement, ce qui lui permet d’être rapidement opérationnel et d’améliorer sa pratique chaque jour.

Parallèlement, les luthiers chinois ont fait appel à leur créativité combinatoire et à leur mode de pensée associative. Ils ont assemblé tables de violon du XVIIIe et autres éléments de facture moderne pour produire des instruments hybrides, alliant les avantages du moderne et les qualités acoustiques et esthétiques de l’ancien. Grâce à cette innovation, ils ont percé sur le marché du violon baroque et sont montés en gamme rapidement. En Europe, aucun luthier n’aurait osé enfreindre les règles très vénérées de la lutherie héritée du XVIIe siècle. Les Chinois, eux, n’ont pas eu ces mêmes freins culturels.

Pour parfaire ces transformations silencieuses, le gouvernement local de Pinggu incite, depuis 2005, la population à apprendre le violon. Il finance la formation des professeurs et, aujourd’hui, dans toutes les écoles élémentaires de la Music Valley, les enfants jouent du violon !

Laure Dykstra, consultante Akteos, leader des formations interculturelles

Au sujet de l'auteur

Laure Dykstra

Laure Dykstra

Consultante et formatrice en management multiculturel et leadership depuis 5 ans, j’accompagne aujourd’hui dirigeants et managers qui s’expatrient ou travaillent dans des contextes culturels complexes, pour développer leurs compétences managériales à l’international. 22 années à l’international dans la banque d’investissement à des postes de direction m’ont permis de travailler, négocier et communiquer avec plus de 30 cultures. Je suis néanmoins spécialisée sur l’Asie et l’Europe du Nord, comme en témoignent les articles que je publie régulièrement pour le Cercle les Échos, Gestion&Finance, Classe Export et le projet de livre sur le Royaume Uni sur lequel je travaille pour les Éditions Afnor. Une adolescence passée en Angleterre, mariée avec un néerlandais, l’étude du chinois à l’âge de 18 ans et plusieurs expatriations et longues missions en Asie m’ont donné jeune, un goût certain pour l’exploration des langues et des cultures à l’international.

Il y a 2 commentaires

  • Dufour dit :

    Bel article riche en enseignements, bravo Laure! Le pragmatisme est plus que jamais nécessaire dans l’innovation disruptive, même s’il peut être double-tranchant.

    Eugénie

  • […] regards-interculturels.fr/2018/04/strategie-innovante-en-chine/ […]

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