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Cultures & Pays
La nouvelle route de la Soie
19 mars 2019
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Xuefei Lu, 20 ans d’expérience opérationnelle au sein de multinationales jusqu’en 2018, en charge du partenariat stratégique, du business développement et des affaires gouvernementales & publiques en Chine, aujourd’hui formatrice et consultante pour Akteos, a pu avoir un aperçu de l’intérieur des contextes économique et politique de la Nouvelle Route de la Soie.

La mythique route de la soie

Route de la soie

La mythique route de la soie évoque une caravane de marchandises, convoyées de la Chine vers l’Europe à travers le Moyen Orient, entre le IIe siècle av. J.C. et le XVe siècle. En 2014, l’UNESCO en a inscrit une partie au patrimoine mondial de l’humanité. La même année, la Chine a publié la carte d’une nouvelle route de la soie, officiellement nommée Une Ceinture, Une Route (One Belt, One Road), lancée par le Président XI Jin Ping, lors de son discours à l’université Nazarbayev au Kazakhstan en 2013.

La nouvelle route de la soie

Composée d’une route terrestre et d’une voie maritime, elle couvre 3 continents et plus de 60 pays, avec 27 villes-étapes. La Chine, exportatrice de marchandises pendant les 40 dernières années, est en passe de se transformer en exportatrice de capitaux : prise de participation dans le port du Pirée, ou construction du plus grand port sec (port sans eau) à Khorgos au Kazakhstan …

Les origines de la route de la soie du 21ème siècle

Quelles sont les raisons économiques et politiques de la nouvelle route de la soie du 21ème siècle ?

Les raisons économiques

Tout abord, économiquement. La Chine n’est plus compétitive dans ce qui est intensif en main d’œuvre, une des conséquences directes de la politique de l’enfant unique. Le faible taux de fécondité entraîne une décroissance de la population active. Le coût de la main d’œuvre est en hausse car la population active est moins nombreuse et le niveau de vie plus élevé. L’élévation des coûts est en train de saper la compétitivité chinoise dont le pays a bénéficié pour être l’atelier du monde pendant les 4 dernières décennies. Ce qui pose de nombreux défis à l’économie sociale.

Par ailleurs, du fait d’un système de retraite peu développé et d’une faiblesse de l’accès au crédit, les individus et les entreprises en Chine sont contraints d’épargner. La Chine est en effet l’un des pays qui épargne le plus au monde. Elle accumule des actifs qui peuvent également être rentables, que ce soit les actifs accumulés dans l’économie interne ou à l’extérieur. Le pays devient ainsi exportateur de capitaux.

Dans les années 80 et 90, les Japonais exportaient aussi beaucoup de capitaux et investissaient partout dans le monde. Cependant si, au Japon, il s’agissait d’un phénomène reposant sur un comportement principalement privé de la part des individus et des entreprises, aujourd’hui, en Chine, il est orchestré par le gouvernement à travers l’initiative de la nouvelle route de la soie, en raison d’un profond besoin économique.

Les raisons politiques

Deuxièmement, pour des raisons politiques. La première génération de dirigeants chinois avait une légitimité révolutionnaire. Avant 1949, et pendant près d’un siècle, la Chine a subi la colonisation occidentale, l’invasion japonaise et la guerre civile. Le parti communiste est vu comme celui qui a su mettre fin à ces fléaux et redonner sa dignité au peuple et à la nation tout entière.

Puis, il y a eu une légitimité sociale. L’État prenait tout en charge et garantissait l’emploi à vie.
Depuis le début de la réforme et l’ouverture en 1979, en l’espace de quarante ans, la Chine est devenue la deuxième puissance économique du monde. En enrichissant la nation, les dirigeants chinois bénéficient d’une légitimité économique.

Maintenant, avec une croissance économique ralentie et un contexte extérieur plus complexe et parfois hostile, il est désormais impératif pour le pouvoir de réfléchir aux mesures à prendre afin de maintenir la stabilité sociale. La route de la soie est une réponse à la fois économique et politique à ces enjeux. Elle va au-delà des frontières chinoises et s’inscrit dans l’espace géopolitique mondial.

Le Rêve chinois

La Chine met désormais sur sa feuille de route des plans concrets pour réaliser le Rêve chinois, la nouvelle orientation politique du pays. Elle se concrétise à l’extérieur par la nouvelle route de la soie et à l’intérieur par le plan stratégique Made-in-China 2025. Ce plan vise, via l’innovation, à transformer le pays d’usine du monde en fournisseur de produits et de services de plus grande valeur.

La guerre commerciale sino-américaine

Néanmoins, les circonstances géopolitiques deviennent plus complexes. En 2017, les États-Unis et l’Union européenne se sont opposés à ce que la Chine bénéficie du statut d’économie de marché, 16 ans après son adhésion à l’OMC. En 2018 a débuté la guerre commerciale sino-américaine, vue par certains économistes comme la plus grande guerre commerciale de l’histoire économique …

Les stratégies des entreprises chinoises

Malgré le contexte actuel plein d’incertitude, la nouvelle route de la soie a créé et continue à créer des opportunités d’affaires. Quelles sont les attitudes et les stratégies des entreprises chinoises ? Quels impacts cela aura-t-il sur vos relations avec vos partenaires ou actionnaires chinois ? Mais avant tout, il convient de se poser la question de qui sont vos partenaires. S’agit-il d’une entreprise d’État, d’une entreprise privée ou d’une entreprise étrangère installée en Chine ? Car elles ont des enjeux distincts, des processus de décision parfois à l’opposé et des cultures d’entreprise bien différentes.

Le pragmatisme chinois

Les Chinois ont une perspective réaliste du monde, marquée par l’esprit du pragmatisme. Le monde des affaires évolue extrêmement vite en Chine. Ainsi, il sera contre-productif de le regarder avec un œil inchangé. L’analyse à travers des témoignages et des cas concrets tirés des expériences opérationnelles récentes des acteurs professionnels sur le terrain, est la façon la plus efficace et factuelle pour mieux appréhender les entreprises chinoises dans le contexte de la nouvelle route de la soie.

Xuefei Lu, consultante Akteos, leader des formations interculturelles

Au sujet de l'auteur

Xuefei LU

Née et ayant grandi en Chine, Xuefei LU a plus de 20 ans d'expérience en Chine, Europe et Afrique. Jusqu'en 2018, Xuefei a travaillé successivement pour Groupe Sodexo et Groupe PSA, en charge du partenariat stratégique avec les partenaires et les actionnaires chinois, des affaires gouvernementales & publiques, et du business développement. Auparavant, Xuefei est intervenue dans le processus d'intégration post-merger pour les entreprises d’Etat chinoises. Ayant une double formation économique en Chine et en France (Sciences Po Paris), Xuefei a également été auditrice à I'IHEDN (Institut des Hautes Etudes de Défense Nationale), think-tank gouvernemental dans le domaine de l’économie et de la géopolitique, dont elle a été la première Chinoise admise. Xuefei met aujourd'hui son expérience au service des équipes françaises et chinoises, et les accompagne dans leur compréhension mutuelle.

Il y a 4 commentaires

  • AHMED ABDOU dit :

    Merci pour cette info très enrichissante, la Chine nous réserve de bien belles surprises pour les années à venir.

  • […] via La nouvelle route de la Soie – Regards InterculturelsRegards Interculturels […]

  • Philippe Vigoureux dit :

    Je ne suis pas très positif sur ce projet pharaonique en particulier en examinant volet financement.
    Très astucieusement la Chine ne finance pas « sa » nouvelle route de la soie, elle prête de l’argent au pays qui se joint au projet pour qu’il construise avec ces emprunts un port ou une voie ferrée. Bien entendu ce pays doit en priorité confier la construction à une entreprise chinoise en même temps qu’il doit commencer à rembourser l’emprunt. Mais si par malheur le pays ne peut rembourser la dette, les clauses confidentielles du contrat prévoient que l’équipement construit tombe dans les mains de la Chine. C’est déjà arrivé et des analystes considèrent que plusieurs pays s’approchent du défaut de paiement du fait d’être entrés dans le projet de nouvelle route de la soie.

    C’est un beau et grand projet mais à qui profite-t-il réellement.

  • Céline Lemercier dit :

    Une excellente synthèse qui permet de mieux comprendre le background de cette initiative des nouvelles routes de la soie et par conséquent comment ajuster notre approche de ce pays fascinant, multiforme à la culture millénaire mais bien ancrée dans le 21e siècle.

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