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Cultures & Pays Management Interculturel
Réunion à la française
5 mars 2019
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Réunion à la françaiseConsultant et Coach en transformation des organisations, Philippe Cartallier revient sur trois idées reçues sur les Français en réunion : le ¼ d’heure français, le manque d’humilité et la longueur des interventions. Avec plus de dix ans d’expérience dans la conduite de projet en Afrique, Proche et Moyen-Orient, il a accepté de partager son ressenti sur la conduite de réunions internationale.

Le texte est adapté de sa contribution au livre Booster votre influence en réunion.

Des préjugés qui nous collent à la peau

1 – Le ¼ d’heure français 

Dans les nombreuses réunions internationales auxquelles j’ai participé, j’ai ressenti fortement à de nombreuses occasions ce préjugé qui nous colle à la peau : les Français sont toujours en retard ! 

Comme j’étais arrivé trois minutes après le début d’une réunion aux États-Unis, l’un des participants m’a demandé si j’avais eu un problème pour trouver la salle… Le retard légendaire des Français agace.  

Comment ce retard est-il interprété ?

Ce retard peut être interprété par nos collègues, nos clients, nos fournisseurs étrangers de différentes manières. Les Français veulent-ils démontrer ainsi que leur agenda est chargé, qu’il y a toujours de bonnes raisons pour faire attendre les autres (un retard d’avion, un problème de taxi, un coup de fil urgent…) et qu’on leur pardonnera parce qu’ils sont importants ?!

Comment déjouer ce préjugé ?

Se montrer ponctuel pour les Français, c’est déjouer ce préjugé, un des nombreux préjugés qui nous poursuivent. Cela peut s’avérer être un atout remarquable lors d’une négociation ; c’est aussi un moyen de montrer de la considération à l’autre.  

2 – Un certain manque d’humilité 

Non seulement les Français arrivent en retard, mais, en plus, lorsqu’ils débutent leurs interventions, ils n’hésitent pas à remettre en cause des décisions actées lors d’une réunion précédente. Ils installent le doute et se montrent exigeants.      

Pour détendre l’atmosphère et contourner ce préjugé, il m’est arrivé de jouer avec cette perception en commençant ma présentation par cette phrase : « I am snobish, selfish and arrogant, as you’ve already guessed on top of my accent, I’m French in one word ». 

Les Français, sans nécessairement s’en rendre compte ou sans considérer l’effet désastreux que cela peut produire, aiment à s’envelopper d’une certaine supériorité. Pensant arriver en terrain conquis, ils ne cherchent pas toujours à comprendre ce que les autres attendent ; or dans certaines communautés, il est important de montrer la considération que l’on a pour l’autre.

Comment démarrer la réunion ?

Lorsqu’ils sont organisateurs, ils ne pensent pas toujours à nommer les participants ni à rappeler la contribution de chacun ; pour ces Français-là, c’est normal, la réunion a démarré en retard... on essaie de ne pas perdre de temps.

Dans certains contextes africains et moyen-orientaux, c’est tout ce qu’il ne faut pas faire. Au contraire, il faut prendre le temps de saluer chaque personne, de rappeler  sa contribution au projet commun en insistant sur ses qualités et ses apports. L’organisateur de la réunion présente le rôle de chaque participant, même si tout le monde se connaît. C’est aussi par ce genre de formalités que l’on montre sa considération et son respect.

Montrer de la considération

« Ce qui n’est pas nommé, n’existe pas», entend-on souvent dans les contextes culturels africains et moyens-orientaux. Engager une réunion sans ce préalable est perçu alors comme un manque manifeste d’humilité (et de courtoisie !).

Conscient de ce besoin d’attention, j’ai pris l’habitude en préparant mes interventions dans des réunions multiculturelles de me renseigner sur l’actualité immédiate des participants. S’enquérir auprès d’un partenaire japonais du typhon qui traverse le nord de son pays, remercier la responsable algérienne qui a parcouru des centaines de kilomètres par une forte chaleur pour être présente, remercier encore un collègue de Dubaï de se connecter au call alors que c’est un jour férié pour lui… Cela peut sembler anecdotique mais pour mes interlocuteurs, je sais que cela a compté dans nos échanges suivants.

3 – Une propension à  mésestimer le « temps long »  

On prête souvent aux Français des interventions verbeuses, la discussion du détail et une approche trop analytique. Bien sûr, il s’agit d’idées reçues. Pour autant, ces préjugés perdurent. A nous de surprendre nos interlocuteurs en leur démontrant que nous savons nous adapter.

Perçus comme des partenaires professionnels et engagés, respectueux de l’éthique des affaires, les Français sont classés dans le haut des standards européens; néanmoins ils ne maîtrisent pas toujours leur impatience dans la phase d’approche et dans les négociations.

L’échelle du temps selon les cultures

L’échelle du temps varie considérablement selon que l’on est dans une économie administrée ou privée. Les entreprises doivent intégrer cette échelle dans leurs process et leurs attendus. La division internationale d’Orange, par exemple, a modélisé ce temps des projets par pays, particulièrement en Afrique et dans la zone Proche et Moyen Orient.  

Chez Orange consulting, on m’a confié un projet en Algérie. J’ai réalisé cette mission en 6 mois, soit plus du double du temps que j’évaluais nécessaire avec le standard France. On m’a félicité !

Cette  impression de temps dilué, infiniment élastique, peut se retrouver dans les réunions de travail. Certaines coutumes qui consistent à charger les délégations représentées en séance peuvent nous paraitre insupportables. Pourtant, cela peut avoir des avantages…

En mission en Iran, pour ne pas être pris dans les « iranesques » (discussions qui semblent s’inscrire dans des boucles raffinées de non prise de décision), nous activions parfois la tactique  suivante : face à des échanges qui s’enlisaient, je suspendais la séance pour laisser 48 heures  de réflexion à nos hôtes. Ce qui revenait à leur dire : « Êtes-vous prêt à prendre position ? »  Ce stop and go avait la vertu de dynamiser le rythme de nos réunions et de permettre la décision par la maîtrise retrouvée du cadre.

Et vous, que faites-vous pour dynamiser vos réunions internationales ?

Philippe Cartallier, consultant Akteos, leader des formations interculturelles

Au sujet de l'auteur

Philippe Cartallier

Philippe Cartallier

Tout au long de son parcours international et de 10 ans d’expatriation en tant que Directeur Communication & Marketing, dans des entreprises comme HAVAS, SOLOCAL, ORANGE, DANONE, il s’appuie sur la richesse du capital humain et interculturel des organisations. Il se spécialise dans le collectif et le multi-niveau des organisations ; Coach et Formateur, Consultant Change et Innovation auprès des Comités de Direction, des équipes et Managers. Par son approche d'intervention co-construite, il élabore et intervient avec des solutions adaptées pour les processus de changement. Son intervention permet de clarifier la vision et l’innovation, et de remettre du collectif pour atteindre l’objectif. Executive Coach d’organisation certifié HEC, notamment formé à la pratique de la posture de l’analyse thérapeutique en entreprise (CREE COACHING) et à la pratique de l’Innovation collaborative (CREARGIE), il se passionne pour l’intervention auprès des équipes (interculturel, transformation digitale, crises, changement de périmètre et de marque) ainsi que sur la question des sensibilisations managériales et de la communication.

Il y a 1 commentaire

  • Eymery dit :

    Très intéressant ! Et tellement vrai !

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