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Cultures & Pays Idées & Débats
Débat sur la fin de vie aux Pays-Bas
28 mai 2019
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Laurence Petit nous a communiqué ce texte sur un sujet sensible qui fait l’actualité : la fin de vie. Nous avons accepté de le publier parce qu’il ouvre avec des mots choisis une perspective culturelle vers un autre pays : les Pays-Bas. C’est l’objectif de ce blog de garder les yeux ouverts sur l’autre et cet article aide à une meilleure compréhension du consensus néerlandais.

Les Pays-Bas, un autre regard

Un débat explicite

Les Néerlandais ont toujours préféré aborder explicitement les sujets qui fâchent et prévoir de manière détaillée une mise en œuvre qui prenne en compte les préoccupations des parties prenantes. L’objectif est de trouver un consensus, indissociable du « modèle polder ».

Débat de société aux Pays-BasLe drame vécu par Vincent Lambert soulève en France un débat très vif depuis dix ans qui connait ces derniers jours de nouveaux développements. Si la loi française autorise l’arrêt des soins sous certaines conditions, l’euthanasie active est, quant à elle, interdite.

Ce n’est pas le cas aux Pays-Bas, premier pays au monde à avoir dépénalisé l’euthanasie en 2001.

Des idées reçues ?

Comment les choses s’y passent-elles concrètement ? Sur les grands sujets de société, les Pays-Bas sont moins permissifs qu’on ne l’imagine. Pourtant, l’autorisation, douze ans avant la France, du mariage entre personnes de même sexe, les activités du Red Light District d’Amsterdam ou la dépénalisation de l’euthanasie laissent croire l’inverse. Or tout n’est pas permis.

Par exemple, les drogues y sont interdites, contrairement aux idées reçues. Le pragmatisme néerlandais a poussé les autorités à tolérer la consommation de cannabis, mais dans un cadre réglementaire strict. Conséquence : nombreux sont les touristes, notamment français, qui découvrent au poste de police les subtilités du Gedoogbeleid, la politique de tolérance néerlandaise.

Un encadrement strict

Pour la législation en matière de fin de vie, on retrouve un même souci d’encadrement strict.

Les conditions

Concernant l’arrêt des soins dont il est question dans le cas de Vincent Lambert, les règles sont comparables au droit français. En ce qui concerne l’euthanasie active, il faut aux Pays-Bas obligatoirement que les conditions suivantes soient réunies pour qu’elle puisse être étudiée :

  • Que le patient en ait fait la demande à son médecin, de manière répétée et sur la durée. S’il n’est pas en état de s’exprimer, il faut qu’il ait désigné préalablement une personne de confiance capable de le faire à sa place.
  • Que la maladie dont il est atteint soit incurable, qu’elle entraine des souffrances insupportables et sans perspective d’amélioration (« uitzichtloos en ondraaglijk lijden »).

Il n’existe donc pas, stricto sensu, de « droit à mourir » aux Pays-Bas. Le corps médical n’est pas obligé de donner suite à la demande du patient.

Le cadre

Concrètement, si le patient remplit les conditions, deux cas de figure se présentent :

1. Le patient est à la maison

Il formule une demande à son médecin traitant. C’est le cas le plus fréquent. Les étapes sont alors les suivantes :

  • Le médecin doit obligatoirement demander un deuxième avis, en général auprès d’un médecin spécialement formé pour cela, le SCEN arts.
  • Après l’acte, un officier de justice doit venir constater le décès et vérifier que tout s’est passé selon les règles.

Dans le cas où le médecin choisit de ne pas donner suite à la demande du patient, il doit obligatoirement transmettre la demande à un confrère, qui réexaminera le dossier et jugera peut-être différemment.

2. Le patient est à l’hôpital

Il pourra demander à rencontrer un geestelijk verzorger (littéralement « celui qui soigne les âmes »), un aumônier en quelque sorte, même s’il n’est pas nécessairement question de religion dans leurs entretiens. Ce référent en matière d’euthanasie peut accompagner le patient dans la rédaction de sa demande.

Le tout est contrôlé par des commissions régionales. Et des rapports d’évaluation de la loi sont publiés tous les cinq ans.

Comme on peut donc le voir, la loi s’applique dans un cadre très strict, avec un suivi rigoureux.

Le consensus néerlandais

Dès lors, quel regard la société néerlandaise porte-t-elle aujourd’hui sur cette loi, plus de quinze ans après sa promulgation ? Force est de constater qu’un certain consensus règne, même si toutes les discussions ne sont pas closes. En particulier, certains médecins se plaignent de l’augmentation des recours à cette pratique : on comptait ainsi plus de 6.500 cas d’euthanasie en 2017, soit 4,4 % du nombre total de décès. Mais une étude de 2017 a montré que 88% des Néerlandais soutenaient la loi.

L’obtention d’un accord aussi large sur un sujet aussi sensible est rendue possible par l’approche particulière des questions de société aux Pays-Bas : un débat idéologique en général plus bref et (un peu) moins animé qu’en France mais une discussion plus longue sur les détails de mise en œuvre et leur encadrement, le tout mené de manière transparente et en incluant toutes les parties prenantes. C’est à ces conditions que peut se construire le consensus cher aux Néerlandais.

Laurence Petit, consultante Akteos, leader des formations interculturelles

Au sujet de l'auteur

Laurence Petit

Laurence Petit

Diplômée d'HEC, Laurence Petit a vécu et travaillé de nombreuses années aux Pays-Bas, en Allemagne, aux États-Unis et en France. Son expérience lui a permis de s’intéresser aux différences de style de management et de gestion des affaires dans les cultures qu’elle a côtoyées. Aujourd’hui consultante interculturaliste, Laurence aide les équipes multiculturelles à travailler plus efficacement ensemble.

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