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Cultures & Pays Management Interculturel
Conflits sociaux en Corée du Sud
11 juin 2019
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La Corée, cauchemar des entreprises françaises ?

La carte de l’opposition / La logique consensuelle

Les entreprises françaises connaissent des difficultés à résoudre les conflits sociaux qui naissent parfois dans leurs filiales coréennes.

En effet, les dirigeants français, souvent peu sensibles à la logique consensuelle et culturellement rompus à la confrontation, peuvent se retrouver en Corée pris dans une spirale de conflits dont ils maîtrisent peu les enjeux.

En Corée du Sud, jouer la carte de l’opposition mène fréquemment les partenaires sociaux à des comportements radicaux au fur et à mesure que la crise s’enlise ; l’immolation comme signe de protestation est rare, mais existe. Tous les moyens sont bons pour faire revenir l’employeur à la table des négociations.

Quand cela implique une entreprise française, l’impact dans l’opinion publique est retentissant. Peu équipées ou mal préparées culturellement à favoriser le consensus,  trois entreprises françaises ont fait les frais d’une stratégie de la confrontation avec les syndicats coréens et parfois les autorités publiques.

Des pratiques managériales qui choquent en Corée

Dix ans après son installation en Corée du Sud, un grand groupe de distribution français compte 32 hypermarchés et 6.400 salariés.

Au début sa politique de « bas prix » lui assure un grand succès. Puis ses concurrents locaux l’entrainent dans une guerre commerciale éreintante. Le distributeur français finit par jeter l’éponge et cherche un repreneur. Afin de rendre la mariée plus belle, il exerce une forte pression sur les salariés et les pousse vers la sortie.

C’est l’émoi ; la colère gronde et les grèves commencent. Les derniers mois de présence du groupe en Corée du Sud se transforment en cauchemar : conflit social qui dégénère, amende pour pratique commerciale inéquitable, intervention du fisc, notamment une perquisition spectaculaire menée par 50 inspecteurs pour bloquer le rapatriement des profits sur cessions d’actifs.

Cette histoire a d’autant plus touché l’opinion publique coréenne qu’il s’agit d’une entreprise étrangère. Ce traumatisme a inspiré plusieurs séries et films locaux comme la vidéo ci-dessous extraite d’une fiction mais inspirée de faits réels.

« Le métro de l’enfer »

La Seoul Metro 9 Corporation gère la seule ligne de Séoul exploitée par un opérateur privé dont le capital est détenu à 80% par une entreprise française. Les conditions de travail y sont plus difficiles que sur les huit autres lignes de métro gérées par la municipalité.

conflits sociaux en CoréeDe même, les usagers jugent leurs conditions de transport et de sécurité insatisfaisantes. En 2017, les syndicats appellent à la grève afin que la ligne 9 rejoigne le giron municipal. S’en suivent six jours de chaos dans les transports.

Après l’échec des négociations entre la ville de Séoul et l’opérateur, tous les syndicats du secteur des transports publics appellent à la grève, soutenue par 90% des usagers de la ligne 9. Pour éviter le pire, la municipalité tranche dans le vif début 2019 : la concession ne sera pas renouvelée en 2023.

Des négociations marathons

Les représentants des employés d’un site de production d’un constructeur automobile français demandent une revalorisation salariale et une baisse du temps de travail. La direction refuse et les ouvriers débraient.

Un an plus tard, après 62 débrayages et 29 tentatives de négociation, la direction campe sur ses positions ; elle se contente de proposer une prime peu en phase avec les revendications des ouvriers. Parallèlement, ces arrêts de travail incessants ont un impact significatif sur la production et remettent en cause la rentabilité de l’usine. Son partenaire japonais qui produit un SUV sur ce site ne lui renouvelle pas sa confiance sur ce contrat et rapatrie la production au Japon. L’image de l’entreprise française en sort fortement égratignée auprès de l’opinion publique coréenne et ses ventes chutent de 40% entre janvier et avril 2019.

L’indispensable recherche de consensus

Pourtant, au Pays du Matin calme, beaucoup de conflits sociaux se règlent par l’ouverture de négociations immédiates entre les parties. L’objectif est de trouver un consensus et de satisfaire l’opinion publique coréenne qui apprécie peu l’attitude de certains managers étrangers à l’égard des ouvriers coréens.

Toutefois la France a bien une carte à jouer en Corée du Sud. Elle peut relever le défi du marché coréen et construire une réussite exemplaire pour ses entreprises. Les managers devront alors faire preuve d’intelligence culturelle pour rechercher le consensus sans faire perdre la face aux partenaires sociaux.

Arnaud Vojinovic, consultant Akteos, leader des formations interculturelles

Au sujet de l'auteur

Arnaud VOJINOVIC

Arnaud VOJINOVIC

Après avoir été Responsable RH et ensuite Consultant en management, Arnaud collabore maintenant avec deux sociétés sud-coréennes, l'une basée à Paris et l'autre à Séoul, travaillant dans le domaine de la formation. D’un profil bi-culturel, il montre une forte appétence pour les pays confucéens et plus particulièrement pour la péninsule coréenne. Consultant en management interculturel spécialisé sur la Corée, il intervient en entreprise et en école de commerce sur des problématiques liées à ce pays ou à ses voisins. Dans son prochain ouvrage à paraitre aux éditions Lemieux éditeur, il propose à partir de situations vécues et personnelles, un décryptage sans concession de la société coréenne.

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