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Cultures & Pays Etudes de cas
Le rapport au temps en Inde
10 septembre 2019
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Réponse aux questions de l’étude de cas « Prospecter en Inde »

Comprendre la gestion du temps en Inde

Vos nombreux commentaires sur l’étude de cas « Prospecter en Inde » ont enrichi le débat et nous vous en remercions. En effet plusieurs explications sont possibles parce que de nombreux éléments entrent en ligne de compte.

Tout d’abord il est nécessaire de consacrer du temps pour créer des liens de confiance et mener des négociations. Mais que signifie la gestion du temps en Inde ? Vous pouvez à ce sujet relire l’article « La conception indienne du temps« .

Rappel du contexte et des questions

Steven, responsable américain de l’entreprise Globaltech, sélectionne une entreprise de software en Inde.  Les Indiens doivent présenter leur projet un mois plus tard et lui posent de nombreuses questions. Après un flot d’échanges, Steven propose d’apporter des réponses lors de la réunion ; à la date convenue, les Indiens ne donnent pas suite.

  1. Comment interpréter le contraste entre l’implication des Indiens au lancement du projet et leur surprenante discrétion lors de cette première échéance ?
  2. Comment comprendre que ces derniers aient laissé passer la date de leur entretien sans même alerter Steven ?

Plusieurs explications possibles

Le rapport au temps en IndeLa gestion indienne du temps

Tout d’abord la gestion indienne du temps est parfois plus lâche que sa conception occidentale. Si les Indiens ne sont pas insensibles au sentiment d’urgence, ils ironisent à propos de l’imprécision chronique qui caractérise parfois leur gestion du calendrier.

Sur ce thème, L’IST, acronyme désignant le créneau horaire indien et signifiant Indian Standard Time, est alors déclinée en Indian Stretchable Time pour marquer ce traitement plus « flottant » des délais !

La valeur qualitative du temps

Le temps a souvent pour les Indiens une valeur moins financière que qualitative. Pour eux, cette variable est considérée comme un atout de sorte que prendre le temps est généralement synonyme de bien faire les choses.

D’où le flot de questions adressées à Steven avant la première échéance. Ses collègues indiens visaient une compréhension exhaustive du projet avant de se lancer quitte, du point de vue de Steven, à se perdre dans les détails prématurés.

Le lien entre le temps et les relations

Cette récurrence des sollicitations reçues par Steven révèle par ailleurs une autre dimension de la valeur temps : les moments accordés à ses collaborateurs pour la réalisation d’un projet commun sont proportionnels à l’importance qu’on veut accorder à la relation avec ses partenaires.

En ce sens, faire preuve de disponibilité est un témoignage d’intérêt. L’attitude de Steven a pu créer le doute à Bangalore sur l’implication réelle de Globaltech. Les Indiens ont pu juger que les conditions d’une collaboration effective n’étaient pas réunies et qu’il était dès lors préférable de tester la relation sur le moyen ou le long terme.

La conception cyclique du temps

Suivant la conception indienne cyclique du temps, les opportunités non saisies se représenteront nécessairement à un moment plus opportun. En d’autres termes, nul besoin de hâter les choses !

L’organisation du calendrier

Enfin, il faut ici souligner que la gestion en elle-même du calendrier par Steven n’était pas appropriée.

Il est toujours préférable avec les Indiens de rapprocher les entretiens et réunions bilan, de multiplier les sous-étapes d’achèvement d’un même projet, afin de garder la maîtrise de l’agenda : à la fois en termes de visibilité sur son avancement, d’approfondissement de la relation avec ses contacts, et de positionnement approprié en cas de retard…

Gaël de Graverol, Consultant Akteos, leader de la formation interculturelle

Au sujet de l'auteur

Gaël de Graverol

Gaël de Graverol

Docteur en Anthropologie Sociale et Ethnologie, diplômé de l’École des Hautes Études en Sciences Sociales de Paris), Gaël de Graverol est membre associé du Centre d’Études de l’Inde et de l’Asie du Sud (CEIAS- CNRS). Il a enseigné l’anthropologie de l’Asie méridionale et orientale à l’EHESS et la civilisation indienne à l’Institut National des Langues et Civilisations Orientales ainsi qu'à l'Université Paul Verlaine de Metz. Il est aussi conférencier et formateur interculturel sur l'Inde et le monde indien.

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