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Cultures & Pays
L’Europe revisitée
18 février 2020
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Europe

N’y-a-t-il qu’une Europe ?

Avec le départ du Royaume-Uni, se poursuit plus intensément le débat autour d’une culture de l’Union Européenne : existe-t-elle ? La géographie peut nous aider à éclairer cette question. Dans un ensemble géographique immense qui s’étend de la Russie au Royaume-Uni, où chaque pays a sa propre culture et ses spécificités, on peut tenter de diviser l’Europe en trois zones culturelles : celle des mers, celle de la terre ferme et celle de l’Europe centrale.

L’Europe des mers et des navigateurs

L’Europe occidentale a produit les grands navigateurs qui ont pris la mer comme on prend la route pour découvrir le monde.

De l’exploration au négoce

Pour n’en citer que quelques-uns, les Italiens, les Portugais, les Espagnols, les Français, les Néerlandais, les Britanniques sont devenus des peuples d’explorateurs. Leur logique, c’est d’aller voir ce qui se trouve de l’autre côté de la rive, de l’Atlantique, de la Méditerranée, à l’autre bout du monde.

C’est pourquoi on peut parler d’une « Europe des mers ». Cette situation géographique a influencé la mentalité des habitants à des degrés divers : leur ouverture d’esprit, leur facilité à entrer en contact avec des personnes d’autres contrées, leur habileté à négocier et à manier le verbe.

La dynamique de l’argent

Pour ces commerçants, l’argent est devenu un outil d’échange qui bouge, circule, dynamise, qui n’est jamais bloqué : il ne dort pas, il vit parfois loin de la valeur que pourrait lui confier la réalité palpable, quantifiable, un véritable produit en lui-même.

Un des exemples les plus intéressants de cette dynamique est la Tulipomania, créée par les Néerlandais au 17ème siècle.

Aujourd’hui encore, cette Europe des mers se poursuit dans ses entreprises multinationales et ne craint rien de l’inconnu, quoi qu’il arrive. Pour cette Europe, tout est en mouvement : c’est panta rhei qui sera plus tard l’esprit libéral. Tout passe.

L’Europe des vastes terres fermes

Il y a une autre Europe qui est celle de l’ancrage fort sur la terre ferme. La Russie comme l’Allemagne se distinguent des Européens des mers par une toute autre logique : elles visent à être bien ancrées dans les terres, aussi vastes que possible.

On peut rattacher à cette catégorie russo-allemande certains peuples de l’Est qui cherchent à étendre leur territoire comme la Roumanie ou l’Ukraine.

Esprit de capitalisation

A la différence de la précédente Europe, ces peuples cherchent à accumuler sans nécessairement avoir le réflexe commercial pour faire fructifier ce qu’ils possèdent et cherchent plutôt à éviter, à bloquer les changements, et parfois à arrêter le temps.

Ce qui leur importe, c’est la possession des terres, indépendamment de la notion de dynamique de l’argent, de rentabilisation, de commerce. Cela donnera chez eux un esprit de capitalisation et une « realpolitik » privilégiant d’avoir un toit au-dessus de la tête, un jardin pour se nourrir, la dynamique de l’argent en soi leur important peu.

Peuples des extrêmes

Ces peuples ont appris à vivre, à survivre et à revivre même lorsqu’ils ont tout perdu comme l’Allemagne d’après la deuxième guerre mondiale ou la Russie post-soviétique. Ils ont construit une autre qualité de l’Europe : la force et la capacité de se serrer la ceinture par les temps difficiles et de renaître de leurs cendres.

Dans le travail, ces peuples sont capables de se donner beaucoup de mal, semblant être les héritiers du châtiment de Sisyphe condamné à remonter une pierre qui retombe toujours et leur bonheur est dans cette fierté à supporter des peines et des situations extrêmes.

Tel Orphée cherchant son Euridice, ce sont les peuples des extrêmes aussi bien dans la descente aux enfers que dans les remontées.

L’Europe centrale de l’identité collective et du courage individuel

On appelle Europe de l’Est, l’ancien bloc de l’Est qui fut dans le giron de l’Union Soviétique. Ce terme politique est désuet depuis la chute de l’Union Soviétique et il convient de distinguer en Europe un espace particulier qui est « coincé » entre l’Europe des mers et l’Europe des terres.

C’est l’Europe centrale. On y trouve la Pologne, la République Tchèque, la Slovaquie, la Hongrie, la Slovénie, le nord de la Croatie, le nord de la Serbie, mais aussi, sur certains aspects, la Suisse.

Le caractère de ces peuples a été forgé par cette position géographique improbable : n’ayant ni mers chaudes pour naviguer et faire du commerce ni terres vastes pour remonter la pente en cas de coup dur, ils auraient dû disparaître de la carte depuis fort longtemps.

Mentalité de résistant

Au lieu de cela, leur position géographique a davantage forgé chez eux une logique du « ni…ni : ni pour ni contre bien au contraire ». Ils n’ont ni une mentalité d’explorateur ni d’expansionniste, mais plutôt une mentalité de résistant, d’affirmation de soi, de courage individuel, de créativité, de critique.

Ils ont résisté à toutes les occupations ou colonisations tout en les critiquant, en leur tenant tête. On ne put les occuper ou les coloniser que provisoirement. Après presque 130 années de disparition de la carte, la Pologne renaît, après 341 années de domination ottomane puis habsbourgeoise, la Hongrie renaît, après 1000 ans de vie dans d’autres royaumes et empires, la Slovaquie se crée en 1993…

Étant souvent théâtres des guerres, ils ont appris à tenir la barre entre l’occident et l’est, ils se sont entraînés à se battre, ce qui a forgé leur caractère guerrier et identitaire.

Analyses profondes et réactions franches

C’est l’Europe de la digestion : ils ont appris à trier ce qui est à prendre et à rejeter chez les Occidentaux ou chez les peuples de l’est, ils ont un réflexe permanent d’analyse du monde avec ses dangers et ses intérêts. Les choses les plus précieuses qu’ils possèdent sont leurs analyses profondes et leurs réactions franches.

Ils sondent les profondeurs de l’âme et de l’inconscient avec Freud, né en Moravie, Ferenczi et Bálint, nés en Hongrie, Jung, né en Suisse. Ils apportent l’œil critique à tout ordre vaste et établi avec Copernic né en Pologne, Jan Hus né en Bohême, mais aussi avec des combats tel David contre Goliath contre l’armée la plus puissante du monde en 1956 à Poznań et à Budapest et en 1968 à Prague. Ils n’ont peur de rien.

Csilla Puskas, consultante Akteos, leader des formations interculturelles

Prochain article « Une identité européenne ? »

Au sujet de l'auteur

Csilla PUSKAS

Csilla PUSKAS

Csilla Puskás. Universitaire, conférencière et consultante pluriculturelle et plurilingue ayant des liens professionnels et familiaux sur plusieurs continents, elle a toujours été confrontée à la gestion des différences culturelles. Depuis 30 ans, elle accompagne les entreprises dans leurs projets de développement à l’international, plus particulièrement dans le domaine de la réussite de leurs relations interculturelles et interpersonnelles œuvrant en particulier à la synergie entre les pays successeurs des trois anciens Empires : Soviétique, Austro-hongrois et Ottoman.

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