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Cultures & Pays
Coronavirus : sortir masqué, question de culture !
28 avril 2020
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Le port du masque est-il culturel ?

Coronavirus : masque et culture

Si vous sortez sans masque à Hong Kong, Séoul ou Tokyo en période d’épidémie, vous risquez de devenir un « paria social » alors qu’ailleurs, en Europe ou aux États-Unis par exemple, c’est tout à fait acceptable.

Ce n’est pas seulement une question de directives gouvernementales et de conseils médicaux, c’est aussi une question de culture et d’histoire.

Mais au fur et à mesure de l’aggravation de la pandémie, les mentalités changent-elles ?

La position de l’OMS

Au début de l’épidémie de coronavirus, l’Organisation Mondiale de la Santé affirmait que le port des masques était réservé aux malades et aux personnes s’occupant des malades, et que les autres n’en avaient pas besoin.

Plusieurs arguments étaient invoqués :

  • Le masque n’est pas une protection fiable.
  • L’enlever nécessite une attention particulière pour éviter la contamination des mains.
  • Le port du masque peut engendrer un faux sentiment de sécurité.

Le port du masque en Asie

Pourtant, dans certains pays d’Asie, les habitants des grandes villes portent des masques pour se protéger des autres mais aussi pour protéger les autres contre soi-même, dans un esprit de solidarité car tout le monde peut être porteur du virus, y compris les personnes en bonne santé. Dans certaines régions, on peut même être arrêté et puni si on ne porte pas de masque.

Le masque, norme culturelle

En Asie, le port du masque est une norme culturelle. Beaucoup d’Asiatiques sont habitués à porter des masques lorsqu’ils sont malades ou pendant la saison du rhume des foins ; il est en effet impoli d’éternuer ou de tousser ouvertement. Dans les grandes villes polluées, le masque est aussi un moyen de se protéger de la pollution.

L’épidémie du virus SRAS de 2003 a laissé de douloureux souvenirs dans la population asiatique et lui a fait prendre conscience de l’importance du port du masque alors que les sociétés occidentales n’ont pas connu d’épidémie de cette ampleur depuis longtemps.

Le masque, coup de pouce social

Le port omniprésent d’un masque agit comme un rappel visuel des dangers du virus ; il pourrait avoir l’effet d’un « coup de pouce comportemental » pour une meilleure hygiène.

C’est comme un rituel ou un uniforme ! Et il faut être à la hauteur de ce que l’uniforme représente, c’est-à-dire un comportement plus hygiénique : ne pas toucher son visage, éviter les endroits bondés, respecter la distanciation sociale. Chaque petit geste compte dans la guerre que le monde mène contre le virus.

« Nous ne pouvons pas dire si les masques sont efficaces, mais nous supposons qu’ils ont un certain effet car c’est la protection que nous donnons aux travailleurs de la santé », a déclaré Benjamin Cowling, un épidémiologiste de l’Université de Hong Kong.

Les risques de la pénurie

Certains pays comme le Japon, l’Indonésie et la Thaïlande sont confrontés à des pénuries ; la Corée du Sud a dû rationner les masques.

On peut alors craindre que les gens les réutilisent, ce qui est peu hygiénique, en achètent au marché noir, ou portent des masques faits maison, peu utiles car de de qualité inférieure.

Les valeurs culturelles « masquées »

Discrimination de part et d’autre

Les personnes qui ne portent pas de masques en Asie sont stigmatisées, au point d’être évitées voire interdites d’accès dans certains magasins et bâtiments.

À Hong Kong, des publications montrent du doigt des Occidentaux sans masque se rassemblant pendant la vie nocturne, ou reprochent aux expatriés et aux touristes de ne pas prendre suffisamment de précautions.

Dans les pays où le port de masque n’est pas la norme, comme en Occident, ceux qui portent des masques sont parfois regardés avec condescendance. Le fait qu’un grand nombre de ces porteurs de masques soient asiatiques incitent à penser que c’est spécifique à l’Asie.

Les valeurs culturelles sous-jacentes

Dans certains pays occidentaux, le port du masque peut être considéré comme une atteinte à la liberté individuelle, un peu comme le tracking des malades avec la géolocalisation. Mais les mentalités commencent à évoluer : si le masque est porté par tout le monde, il n’y a plus alors de discrimination et s’il permet de sortir du confinement, il peut redonner une forme de liberté perdue !

Les valeurs culturelles sont bien présentes derrière le port du masque : le sens du collectif et le respect de l’autorité d’un côté, la liberté et les droits de l’homme de l’autre. La valeur « Égalité » s’introduit aussi dans le débat lorsqu’on interdit à certaines communes d’imposer le port de masque au nom de l’égalité territoriale.

On peut y voir également le pragmatisme s’opposant à la théorie scientifique : les uns n’ont rien à perdre de porter un masque même si son efficacité n’est pas démontrée, les autres restent sceptiques si ce n’est pas scientifiquement prouvé.

L’évolution des positions

Les sociétés qui prônent le port du masque par tous ont-elles raison ? De plus en plus, les experts remettent en question la position initiale de l’OMS. A mesure que l’ampleur de cette pandémie s’accroît, notre comportement pourrait encore changer.

En Chine, on estime qu’un tiers des cas positifs ne présente aucun symptôme. Sur le bateau de croisière qui a accosté à Yokohama, la moitié des 600 cas positifs découverts à bord ne présentait aucun symptôme. Une proportion similaire de cas asymptomatiques a été signalée en Islande qui teste une plus grande proportion de citoyens que partout ailleurs dans le monde.

Mais ces « porteurs silencieux » sont-ils contagieux ?

Une récente étude chinoise révèle que les cas d’infection qui ne présentent que des symptômes légers ou aucun symptôme, sont très contagieux et pourraient même être responsables de près de 80% des cas de virus positifs.

Peut-être que si tout le monde portait un masque, ces porteurs silencieux ne se transformeraient pas en propagateurs ?

Aujourd’hui les connaissances sur cette épidémie sont encore ténues. Alors dans le doute ne vaut-il pas mieux utiliser un masque ? Encore faut-il rappeler les conditions d’utilisation et les arguments invoqués plus haut : le port du masque ne remplacent pas les autres « gestes barrières ».

A défaut de certitudes scientifiques, les valeurs culturelles influencent fortement les comportements !

Au sujet de l'auteur

Akteos

Depuis 2003, Akteos guide ses clients dans un monde aux multiples facettes où la mondialisation et les nouvelles technologies de la communication rapprochent les cultures et confrontent nos valeurs. Avec ses 30 correspondants dans le monde et ses 300 consultants interculturels, Akteos propose des formations sur plus de 100 pays mais aussi sur du management, de la communication et du développement international.

Il y a 9 commentaires

  • Merci pour cet article d’un.e connaisseu.r.se de l’Asie ! Effectivement, le port du masque n’est pas appréhendé de la même façon selon la culture dans laquelle on évolue. Au début de la crise, nous avions écrit un article allant dans le même sens. Je me permets de mettre un lien de cet article sur mon blog.

  • Jean-Marc LOSCOS dit :

    Merci pour cet article très clair et posé (et documenté) que j’ai publié sur mon compte facebook!

  • philippe dit :

    Merci pour cet article passionnat. Comment nier que le masque réduit la dispersion des gouttelettes lorsque nous parlons ou respirons ? La transmission étant beaucoup plus importante par ce biais que par la contamination des masques ou surfaces, on ne peut plus nier que le masque protège les autres surtout lorsqu’on est asymptomatique. C’est un fait scientifique. Ce qui nous protège est le fait de ne pas se toucher le visage ( difficile!) et d’avoir une hygiène irréprochable.
    Concernant la différence culturelle, n’y a t-il pas aussi d’autres particularités entre les pays : par exemple l’importance du sourire dans la communication en fonction des pays / l’esprit de fraternité / d’indépendance ? Qu’en pensez-vous ?
    Pour être plus précis: aux USA, j’ai l’impression que la valeur liberté individuelle est plus importante, ce qui explique certains mouvements de révolte contre le confinement, le port du masque risque aussi d’être compliqué. En France, la valeur fraternité me semble plus importante qu’au USA et parfois confondue avec convivialité , qui s’associe difficilement avec le masque qui cache les sourires: n’est ce pas une partie de l’explication de la difficulté à porter les masques ? Le masque pouvant aussi symboliser l’individualisme en opposition aux valeurs de transparence et convivialité ?

    • Laure Rostand dit :

      Vous avez raison lorsque vous parlez du sourire, de la communication, de la socialisation.
      Pour certains le masque représente une contrainte, un inconfort, une entrave à la liberté et à la transparence, alors que pour d’autres, c’est une habitude : on met un masque comme on met des chaussures, pour sortir.
      Mais le masque ne symbolise-t-il pas plus l’uniformité que l’individualisme. Il y a une forme d’anonymisation ; on ne se reconnaît plus. L’esthétique pourrait alors faire irruption dans le débat, pour se différencier et apporter une touche d’élégance !

      • Renée MEYER dit :

        Quand vous parlez d’esthétique, pensez-vous aussi de l’mportance des yeux dans la communication? Je me dis que quand je porte un masque, personne voit que je souris. Et je suis une personne qui aime échanger des sourires! Comment allons-nous faire dans l’avenir?

  • Julien ELIAS dit :

    Une synthèse très claire. Les esprits changeront-ils? rdv dans 10 ans 🙂

  • Yohann Manusset dit :

    Bonjour.

    Je m’interroge sur l’adaptation des Asiatiques aux masques. Sait-on s’il y a eu un temps d’adaption ou s’y sont-ils mis très vite? Autre question: Quand vous avez écrit sur les origines des masques en Asie, vous avez évoqué deux arguments: l’habitude culturelle et le STRASS. Est-ce que le STRASS explique l’habitude culturelle ou sont-ils deux éléments indépendants?

    • Laure Rostand dit :

      A mon avis, ce sont deux éléments indépendants mais à cause du STRASS les Asiatiques sont davantage sensibilisés au problème. La notion d’obéissance aux consignes rentre peut-être aussi en ligne de compte. Néanmoins cela dépend des pays, de la ville, de la campagne,… Dans les grandes villes, on porte volontairement un masque pour se protéger de la pollution.

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