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Cultures & Pays
L’impérialisme turc
1 décembre 2020
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Le rêve d’Erdogan pour la Turquie

ErdoganErdogan apparait sur tous les fronts internationaux : combats en Syrie, présence en Libye, pressions sur l’Europe en instrumentalisant des réfugiés, confrontation avec la Russie et les États-Unis. Il est partout !

Fondamentaux culturels turcs

Les choix politiques d’Erdogan sont guidés par deux fondamentaux culturels turcs : un fort pragmatisme dans la prise de décision et le juste calcul du rapport de force dans la négociation.

La négociation à la turque

Rapport de force

En général les Turcs négocient sur une base simple : si vous êtes faible, ils sont forts, si vous faites un pas en arrière, ils font un pas en avant en poussant autant qu’ils peuvent.

Pragmatisme

Mes fournisseurs turcs me disent tous la même chose : « c’est facile de négocier avec les Français parce qu’ils veulent avoir raison, alors que nous, on veut gagner. » Les Turcs sont gouvernés par un pragmatisme très fort, contrairement à d’autres cultures où l’importance de la « face » peut conduire les négociations à s’enferrer.

Les fondamentaux culturels turcs à l’œuvre

Les actions de M. Erdogan en Syrie illustrent bien sa juste observation des forces en présence. Il a vu l’opportunité de cantonner le « terrorisme kurde » à la zone syrienne, personne ne lui a barré le chemin, il est passé en force.

Lorsque M. Erdogan menace l’Union Européenne de favoriser le passage de quelques réfugiés syriens, elle lui offre immédiatement 4 milliards d’euros.

Quant au pragmatisme, il suffit d’observer ses confrontations avec Trump et Poutine. Malgré des déclarations jusqu’au-boutistes et fracassantes, il ne franchit jamais la ligne rouge. En 2018, il avait juré que le pasteur Andrew Bronson resterait en prison. Finalement, il a été libéré quelques mois après que les Américains aient orchestré une chute brutale de la livre turque.

Émergence d’un « soft power turc » en Afrique du nord

Erdogan se rêve en sultan d’un nouvel empire ottoman 2.0 et souhaite installer durablement son pays en puissance régionale. Un des objectifs de son agenda est le déploiement d’un leadership politique et religieux fort vers les pays musulmans d’ex-Yougoslavie, du Proche Orient et d’Afrique du nord.

Être bien vu en Afrique du nord positionne favorablement la Turquie dans sa lutte d’influence locale avec l’Arabie saoudite. C’est aussi un de ses leviers de rapprochement avec le Qatar, son allié arabe de circonstance.

La Turquie surfe sur une double vague en Afrique du nord : une volonté forte de « dégagisme » des Européens et un retour aux valeurs de l’Islam. Le modèle turc y est perçu comme une triple réussite économique, politique et diplomatique qui allie modernité et Islam.

Avenir de la stabilité économique de la Turquie

Ces dernières années, les investissements qatariens ont contribué à soutenir la croissance et à maintenir vivant le rêve des classes moyennes d’où M. Erdogan tire sa légitimité. De son côté, le Qatar a besoin de contrecarrer la pression saoudienne et les 800.000 hommes de l’armée turque sont un bon argument.

La surchauffe économique actuelle explique en partie les aventures extérieures de M. Erdogan et son besoin de souder le pays autour de lui après la tentative de coup d’état en 2016.

Il survit au milieu de grandes puissances en identifiant les points de pression. Néanmoins il sait que la Turquie (15ème économie mondiale) est un colosse aux pieds d’argile.

Le destin économique de la Turquie va se jouer de plus en plus à l’international. Les tentatives, peu effectives, pour l’instant, de M. Erdogan en Amérique latine, en Afrique de l’ouest ou en Asie montrent la voie qu’il compte suivre : conquérir de nouveaux marchés et achever la mue économique de la Turquie.

Christophe Lamandé, consultant Akteos, leader des formations interculturelles

Au sujet de l'auteur

Christophe LAMANDE

Christophe LAMANDE

Christophe Lamandé est spécialiste de la gestion des situations de crise, de la communication en contexte sensible et a développé une expertise interculturelle sur la Turquie et les pays d’Afrique du nord. Il débute sa carrière en 1993 chez Carrefour. En 1997, il quitte la France pour développer le marketing et la communication de la filiale turque et est basé 4 ans à Istanbul. De retour à Paris en 2001, il devient directeur de la communication du groupe pour les hypermarchés. En 2004, il quitte le groupe Carrefour pour occuper différents postes de direction générale dans plusieurs groupes de communication internationaux. Depuis une dizaine d’années, il est devenu consultant, formateur et partage son temps entre la France, la Turquie et les pays d’Afrique du nord.

Il y a 3 commentaires

  • PRUNIER GERARD dit :

    Excellent commentaire . j’écris du point de vue d’un

  • PRUNIER GERARD dit :

    Excellent . Je parle depuis la Libye , où les mis Turcs sont très présents

  • EM dit :

    Bonjour,
    Merci et félicitations pour ce regard sur le Président turc ainsi que de la situation géopolitique actuelle de la Turquie.
    Auriez-vous publié d’autres papiers en ce sens ?
    Par avance, merci.
    Cordialement.

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