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Cultures & Pays Etudes de cas
Le retour d’expatriation : quels enjeux?
6 avril 2021
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Entre 2 et 2,5 millions de Français vivent à l’étranger nous dit le Quai d’Orsay. Selon « L’Observatoire 2020 de l’expatriation Banque Transatlantique, en partenariat avec Opinionway et l’UFE », 93 % des Français expatriés sont satisfaits de leur expatriation. A tel point que la grande majorité d’entre eux prolongent la durée de la mobilité … ou finissent par suspendre leur retour définitif en France. Les Français partent volontiers, reviennent plus rarement. La durée moyenne prévue au départ est de 7 ans, pour des durées de séjour de finalement … 20 ans ! Le retour d’expatriation est souvent un challenge. Comment le préparer pour qu’il s’effectue dans les meilleures conditions ? Caroline Pensier, consultante Akteos, nous propose plusieurs clés.

 

Une épreuve initiatique

L’expatriation est une véritable épreuve initiatique, tant du point de vue professionnel, que familial ou personnel. L’expatriation est entreprise pour des motivations diverses, conscientes ou inconscientes, ouvertement déclarées ou non dites. 25 % des expatriés évoquent « l’amour » comme raison principale dans le choix du départ !

Dans tous les cas, l’individu et sa famille sont transformés en profondeur. Leur point de vue sur le monde est modifié, leur personnalité aussi. De ce fait, rentrer en France après une mobilité internationale, que ce retour soit volontaire (et à fortiori s’il ne l’est pas), est toujours une étape délicate. Selon le rapport 2011 de l’Observatoire de l’expatriation, 42% des expatriés de retour perçoivent la réadaptation comme une « période difficile ».

Préparer le retour revient d’abord à intégrer tout ce qui a été impliqué par cette expatriation. Cette expérience est en effet à la croisée de multiples questions et problématiques : la nécessité de réorganiser sa vie professionnelle en capitalisant sur les dernières compétences acquises pour prendre de nouvelles fonctions en cohérence avec son parcours, les tracas administratifs (retrouver une carte vitale, son permis de conduire…), avec le sentiment paradoxal d’être étranger dans son propre pays.

L’ensemble peut constituer une réelle épreuve. On parle souvent de « choc culturel inversé ». L’image d’Épinal du retour de « l’enfant prodigue » a fait long feu. On évoque même parfois un « syndrome de l’expatrié » au retour. Ce processus nécessite un véritable travail de réadaptation.

 

Gérer le décalage

Plus des deux tiers des expatriés considèrent leur pays d’accueil plus adapté professionnellement que la France ! Sur le plan personnel, rentrer en France avec un œil neuf, l’horizon élargit par l’exercice dans un autre pays où l’on a challengé ses croyances, peut nous conduire au constat qu’on a peut-être désormais moins de points communs avec ses anciens amis, sa famille …

À cette possible impression de décalage avec ceux qui ne sont pas partis, mais qui ont vécu autre chose sans nous durant ce temps, peut se greffer d’autres difficultés.  Les conditions de vie sont différentes, une vie sociale véritable est à rebâtir. Si l’expatriation est perçue comme un épisode enrichissant par la plupart des expatriés, un retour mal vécu peut, lui, engendrer le choix de … repartir au plus vite !

 

Un défi pour l’entreprise

L’enjeu est aussi d’importance pour l’entreprise. Que devient la valeur ajoutée d’une expérience réussie à l’étranger ? Certains rapports évaluent pourtant entre 30 et 40 % le taux de départ dans l’année suivant le retour d’expatriation (Etude PwC), occasionnant ainsi la perte pour l’organisation de connaissances acquises par l’expatrié et qui n’auront pu être transférées !

Les situations varient naturellement. Une responsable de mobilité internationale d’une société de services informatiques constatait un taux de retour de quasi 100 %. Les salariés expatriés ne bénéficiaient d’aucun traitement particulier dans leur pays d’accueil, la mobilité était standard et généralisée, ne témoignant d’aucune récompense ou reconnaissance. En revanche, cette même responsable avait observé un taux de retour très faible au sein de son précédent employeur dans l’industrie du luxe. Les salariés y étaient rigoureusement sélectionnés pour des expatriations « première classe » … et vivaient généralement mal la disparition de certains privilèges lors de leur retour « à la vraie vie » en France.

 

Ecouter les vécus individuels

La question de l’anticipation du retour du collaborateur et de son accompagnement sont donc de la première importance. Chaque expatrié a une histoire qui lui est propre. Philippe, directeur régional, 2×3 ans dans les Outre-mer, a quitté son entreprise 15 mois après un retour mal anticipé par l’organisation, avec de part et d’autre un fort sentiment de gâchis ! Les uns n’ayant su lui proposer un poste où ses compétences puissent être valorisées et l’autre déçu de ce manque d’anticipation et surtout d’accompagnement au retour.

Pierre, directeur d’usine, 4 ans en Chine : un départ pourtant « cocooné » par l’entreprise mais pas d’accompagnement au retour pour lui et son épouse chinoise, une famille en grande fragilité émotionnelle et une réintégration professionnelle problématique.

Ces vécus individuels ont besoin d’être entendus. Ils seront idéalement partagés avec d’autres qui ont suivi un chemin à la fois semblable et différent. Dresser le bilan de ses motivations au départ, de ses espoirs au retour, des deuils et des enrichissements au travers de l’expérience, poser les bases d’un plan d’actions pour chacun … autant d’éléments qui ne peuvent être improvisés et méritent une approche professionnelle.

Cet accompagnement professionnel ne peut être que sur-mesure. Son timing doit être adapté (avant le retour, un mois après l’arrivée en France ?) et peut aussi être prolongée pour certains cas complexes. La présence du conjoint (qui devra souvent justifier d’un trou dans son CV) sera souvent un plus. Loic, directeur financier d’un grand groupe (4 ans en Asie du Sud Est), avait ainsi besoin que le parcours familial de son expatriation soit reconnu par son employeur. Marine, directrice marketing et communication (3 ans aux Etats-Unis et 4 ans Russie), estimait que son entreprise devait montrer qu’elle comprenait sa situation. Elle devait se sentir soutenue et reconnue dans les difficultés et épreuves éventuelles sur un plan professionnel et personnel.

 

 

Découvrir une autre culture est une expérience humaine que chacun devrait vivre. Le départ est souvent préparé avec soin : accordons la même attention au retour afin d’adopter au plus tôt et en conscience un rythme de croisière dans cette nouvelle aventure professionnelle individuelle ou familiale !

 

Caroline PENSIER-FILIS, consultant chez Akteos

Au sujet de l'auteur

Caroline PENSIER-FILIS

Caroline PENSIER-FILIS

Après une formation en commerce et en sciences économiques, Caroline s’est orientée vers la formation et le conseil auprès de grands groupes internationaux. De nationalité franco-suisse, elle a parcouru le monde et a travaillé dans plusieurs pays, Bornéo, la Martinique, avant d’exercer en France dans le domaine de l’interculturel. Formatrice interculturelle et coach, elle est spécialiste de l’accompagnement de cadres dirigeants.

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