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Cultures & Pays
Les clés du succès de la « Dutch Tech »
6 juin 2022
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Alors que la bataille pour la mainmise du secteur high-tech fait aujourd’hui rage entre les États-Unis et l’Asie, certains pays ailleurs dans le monde réussissent à tirer leur épingle du jeu. C’est notamment le cas des Pays-Bas, un pays traditionnellement tourné vers l’innovation qui compte non seulement des géants solidement implantés sur le marché mais également d’ambitieuses start-ups très compétitives. Comment un pays comptant si peu d’habitants comparé à ses concurrents peut-il avoir autant de succès dans un domaine aussi stratégique ?

 

Les Pays-Bas, un modèle de réussite pour les start-ups du secteur high-tech

La force des Pays-Bas tient dans leur capacité à faire émerger de nouvelles entreprises compétitives. Ils comptent 2,6 fois plus de start-ups par million d’habitants que la moyenne des autres pays européens. En outre, les Pays-Bas ont beau compter « seulement » 17 millions d’habitants, ils possèdent quasiment le même nombre de start-ups que la France … pourtant 4 fois plus peuplée. Parmi elles figurent des licornes dans la communication (MessageBird), dans la fintech (Mollie, Mambu, Bunk), dans la mode (Otrium) ou encore dans l’e-commerce (Sendcloud), un secteur majeur aux Pays-Bas où 99 % de la population est connectée (internet ou mobile). On y trouve également des poids lourds mondiaux, pour certains d’anciennes start-ups, comme Adyen (paiement électronique), Booking.com (hébergement) ou encore TomTom (planification d’itinéraires). Les investissements dans ces start-ups ont considérablement augmenté, passant de 1,7 milliards d’euros en 2020 à 5,3 milliards en 2021. Dernière consécration en date : le Global Innovation Index 2020, qui récompense les pays les plus innovants, classe les Pays-Bas au 5ème rang mondial.

 

L’influence de la culture néerlandaise

Plusieurs raisons expliquent cette réussite, à commencer par l’histoire des Pays-Bas. L’innovation fait partie de l’ADN des Néerlandais, eux qui ont dû « arracher leurs terres aux eaux », lutter contre les inondations et inventer des solutions comme les polders pour répondre à ce problème. De par leur position géographique, les Pays-Bas se sont naturellement tournés vers le commerce maritime, ont développé un esprit orienté vers le négoce et, de là, ont innové dans la construction navale. Dès le XVIIème siècle et les prémices du capitalisme, on relève déjà un goût particulier pour l’entrepreneuriat ainsi qu’une appétence prononcée pour le développement à l’international.

Mais le véritable tournant des Pays-Bas vers une société du savoir s’explique par des raisons économiques. En effet, au pays du plein emploi, une augmentation de la productivité passe forcément par l’innovation. Le gouvernement a donc misé sur l’éducation ce qui s’est avéré être un choix payant : la population néerlandaise est qualifiée et polyglotte, ce qui lui permet de se déployer facilement à l’étranger et par conséquent de nourrir sa curiosité et son esprit innovateur.

 

Les Pays-Bas, un modèle organisationnel tourné vers l’innovation

Au-delà de leur histoire et de leur culture propre, les Pays-Bas ont d’autres spécificités, à commencer par la présence de clusters et de centres de recherche et développement de classe mondiale partout sur le territoire. On trouve ainsi un centre d’expertise aérospatial à Delft, logistique à Groningen, medtech à Twente, deeptech / e-commerce à Amsterdam et agrotech à Wageningen. Le meilleur exemple reste toutefois le High-Tech Campus d’Eindhoven, surnommé le « km² le plus intelligent du monde ». On y compte 10 000 employés et chercheurs ainsi qu’une centaine d’entreprises et d’institutions. Car c’est là la grande force des Pays-Bas : une symbiose entre le secteur privé, les centres de recherche et les pouvoirs publics, même si le rôle de ces derniers est plus limité.

Les Pays-Bas réussissent également à attirer des travailleurs et des investisseurs venus du monde entier grâce à une politique fiscale souple. Un étranger s’installant aux Pays-Bas bénéficie ainsi d’une réduction d’impôts de 30 % durant 5 ans. Plus largement, l’administration, simple et efficace, rend les choses faciles pour les entrepreneurs. Par contre, la souplesse de la politique sociale et fiscale des Pays-Bas lui attire quelquefois les foudres de ses voisins européens.

Par ailleurs, le secteur high-tech offre des solutions dans des domaines très variés (comme celui de la santé par exemple) ce qui explique l’intérêt croissant d’entreprises mondiales de secteurs différents (Tesla, Intel, IBM, Airbus, Canon, Bosch) qui investissent de plus en plus dans ces start-ups.

Enfin, la « Dutch Tech » possède en Constantijn van Oranje Nassau, frère de l’actuel roi des Pays-Bas, un ambassadeur de luxe puisque celui-ci fait la promotion active de ces pépites à l’étranger dans le but d’attirer des investisseurs.

 

Les Pays-Bas, un modèle à suivre ?

La « Dutch Tech » présente ses propres problématiques : un actionnariat salarié peu développé, un marché de l’emploi sous tension (notamment aux postes stratégiques) ou encore une diminution de la part des investissements d’origine néerlandaise, passée de 62 % à 21,7 % entre 2019 et 2021, ce qui pose un enjeu de souveraineté.

Mais ces rares lacunes n’enlèvent rien à la capacité d’innovation du pays et au succès de ces entreprises, géants comme licornes. La maîtrise des technologies de pointe, devenue enjeu géopolitique, pose la question de savoir si l’Europe peut s’inspirer du modèle néerlandais afin d’espérer concurrencer l’Asie et les Etats-Unis dans ce domaine.

 

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Au sujet de l'auteur

Akteos

Depuis 2003, Akteos guide ses clients dans un monde aux multiples facettes où la mondialisation et les nouvelles technologies de la communication rapprochent les cultures et confrontent nos valeurs. Avec ses 30 correspondants dans le monde et ses 300 consultants interculturels, Akteos propose des formations sur plus de 100 pays mais aussi sur du management, de la communication et du développement international.

Il y a 3 commentaires

  • Vincent MERK Vincent MERK dit :

    Résidant et acteur modeste dans ce « km² le plus intelligent du monde » (où l’article omet de mentionner le rôle majeur aussi de l’Université de Technologie d’Eindhoven qui forme notamment beaucoup de ces ingénieurs), je me dois de réagir. Si l’état des lieux qui est fait dans cet article est bien renseigné et objectif, la réalité n’est bien sûr pas toujours aussi rose. L’économie est en surchauffe (le quasi plein-emploi n’a pas que du bon) et le pays est confronté à une crise du logement sans précédent qui affecte entre autres aussi les nombreux travailleurs du savoir (knowledge workers) désireux de travailler à Brainport Eindhoven, le techno-hub que l’article décrit. De plus, cette réduction d’impôts de 30 % risque d’être remise en cause pour des raisons d’économies fiscales.
    Ah et j’oubliais presque, le prix du litre d’essence est à €2,52 ces jours-ci… sans compensation pour l’instant… donc même s’il s’agit indéniablement d’une success story, tout n’est pas parfait au pays des tulipes en général, ni à Brainport Eindhoven en particulier!

    • Akteos dit :

      Merci Vincent pour ce retour d’expérience. Vous avez raison de rappeler ces aspects de la « surchauffe » aux Pays-Bas. A tel point que justement aujourd’hui la ministre néerlandaise du travail vient d’appeler les jeunes chômeurs des banlieues françaises à venir travailler aux Pays-Bas ! Ceci-dit, la situation pourrait rapidement évoluer suite aux effets conjugués de la crise ukrainienne, la baisse des perspectives de croissance en Europe et la remontée de l’inflation.

      • Vincent MERK Vincent MERK dit :

        Oui, insolite proposition de la ministre néerlandaise du travail qui a provoqué quelque incrédulité dans les 2 pays. Affaire à suivre peut-être…
        Et oui, la situation économique va se détériorer, c’est sûr: peu de croissance, crise énergétique actuelle, etc. on nous prépare déjà à, dit-on, une (courte) récession. Sans parler du Covid qu va resurgir à l’automne, voire avant. Affaire à suive !

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